Articles par pays

mardi 27 mai 2008

Oublis

J'en ai pas mal à mon palmarès. Voyons...florilège :

- Le jour de l'oral d'anglais au baccalauréat, oublier d'apporter mes textes d'anglais ; c'est ainsi que j'ai raté la mention TB.
- Après deux mois de séparation, oublier d'aller chercher mon copain à l'aéroport ; c'est ainsi que nous avons rompu.
- Essayer de faire entrer en douce mon copain chez moi pendant que ma mère dort, et descendre le chercher en oubliant les clés ; c'est ainsi que maman a rencontré S***.
- A Bruxelles, sortir fêter le nouvel an en oubliant les clés à l'intérieur ; c'est ainsi que l'appartement de papa a été cambriolé.
- Acheter un aller-retour pour Londres en oubliant de vérifier la date ; c'est ainsi que je me suis trouvée avec 4 billets pour 3 jours.
- Oublier l'oubli ci-dessus, et acheter un aller-retour pour Los Angeles en oubliant de vérifier la date ; c'est ainsi qu'au lieu de partir dans deux jours, je pars dans un mois.

La liste se rallongera à mesure que les souvenirs vont revenir, mais pour l'instant j'ai oublié.

dimanche 25 mai 2008

Berkeley : cultural misunderstanding

UC Berkeley se vide. C'est la dernière journée des graduations, et d'étranges chauve-souris à chapeau plat , cordon jaune à la tempe, errent dans les allées boisées ; ils ont le teint blafard des studieux, mais aujourd'hui ils portent le dos droit et le regard fier.

J'ai rendez-vous au BRIE office, numéro 2234, avec le professeur Zysman. Il m'a dit  : "passez dans l'après-midi".

5 heures sonnent du haut du campanile - c'est bon, j'ai le temps. Le BRIE Office est situé à l'extrémité de UC Berkeley, c'est-à-dire tout en haut de la colline. Je descends de mon vélo, les joues rouges et les jambes tremblantes.
Je fais le tour du bâtiment. On dirait une vieille chaumière, perdue au coeur de la forêt. Je frappe à toutes les portes, regarde à travers les fenêtres poussiéreuses. Le bois grince ; une lumière brille faiblement dans une des pièces. Mais pas âme qui vive - hors les écureils qui montent et descendent les escaliers. Je m'attends à tout moment à voir surgir le nez crochu de babaïaga.   

Je traverse la rue jusqu'à l'International House. Au bas des escaliers les trucks remplis de valises, de lampes et de cartons s'alignent. Je vais me renseigner à l'accueil :
"- What is "afternoon" for you ?
- What do you mean ?" Derrière son comptoir, le barbu rigole.
"- When does it end ?
- Well, I would say at 5...yeah, at 5 I would start to say good evening."

Pour une fois, ce n'est pas moi qui suis en retard, mais les Etats-Unis qui sont en avance.

jeudi 22 mai 2008

Berkeley : qu'est-ce que j'ai mal fait ?

Je décide de me faire la cuisine pour déjeuner. Mais pas une bruschetta. Depuis trois jours je ne mange que des bruschetta, je fatigue. Non : quelque chose avec des mélanges, des trucs qu'on fait revenir à la poële, des étapes - de la cuisine compliquée, comme les autres gens la font.

J'ai en tête la recette des pâtes a la carbonara que j'ai goûtées en Italie : pas de crème fraîche, l'oeuf est cuit à la poêle comme une omelette, de l'ail, de l'huile, du sel, et pas de lardons, mais de fines lamelles de jambon fumé. Tellement meilleur. Depuis un an, chaque (rare) fois où je me mets à faire la cuisine, c'est pour essayer d'obtenir un résultat semblable. Je laisse à ceux qui ont eu l'occasion de goûter mes pâtes a la carbonara le soin d'évaluer combien je suis loin du but.

Tiens, pas de pâtes. Ca, par exemple...Bon, ce sera des a la carbonara sans pâtes, alors. Je mets la poêle sur le feu, je verse l'huile. Je coupe en fines rondelles de petites gousses d'ail. Tiens, un truc vert...ah, c'est un germe. Je l'enlève, on ne sait jamais. Jettée dans la poêle, l'ail vire au noir. J'enlève avec la spatule les morceaux trop brûlés. Pendant une seconde je me demande si je suis sûre de mon coup. Je casse deux oeufs dont je ne connais pas la date de péremption, et je mélange le tout. Ca n'a pas franchement une tête hospitalière, mais on verra bien.

Voilà, c'est cuit.

Je regarde le contenu de la casserole ; je regarde autour de moi. Il y a comme un brouillard dans la cuisine, et ça sent l'ail jusque dans les fleurs. Quant au contenu de la poêle...

J'ai ri toute seule pendant dix minutes. Je me suis calmée, mais quand j'ai goûté à ma cuisine, je suis repartie de plus belle.

I think I'm gonna stick to Yara's cuisine.

mardi 20 mai 2008

Ca prend du temps parfois...

Gambetta dit à Jules Ferry : "vous êtes comme un buisson de roses où il n'y aurait que des épines".
Et Jules Ferry a répondu : "mes roses sont en dedans".

samedi 17 mai 2008

Berkeley : happy birthday myself

Des nouvelles de moi, puisqu'au départ ce blog est fait pour ça :
"Je vais bien, ma température est de 37,5..." (pardon, private joke). Je passe ma vie sur internet, soit pour l'ONG pour laquelle je travaille, soit pour parler avec ma famille (ou quelqu'un d'autre), soit pour écrire sur mon blog (vous imaginez alors si je devais écrire tous les jours !). Lorsque je ne suis pas sur internet, soit je bronze dans le jardin en lisant "Nonprofit kit for dummies", soit je vais à la danse en vélo, soit j'apprends à cuisiner (n'en espérez pas trop cependant), soit je regarde la télé (quoi, c'est bon pour l'anglais !).
J'aimerais bien qu'on me dise quand mon cousin Paul viendra me rejoindre ?







(photo : mon bureau, avec à gauche le bouquet envoyé par mes parents au-dessus des océans, baleines, orangs-outangs et kangourous, et au milieu celui offert au réveil par Xochitl et Yara. Sur le bureau, mon meilleur ami l'ordinateur)

jeudi 15 mai 2008

San Francisco : en joute sur un même terrain

Toutes deux grandes, minces, blondes, élégantes. On dirait deux amies, deux lycéennes.

C'est une mère et sa fille.

"Un gentilhomme qui a trente-cinq ans, il n'est pas temps qu'il fasse place à son fils qui en a vingt : il est lui-même en train de paraître (...). Et à celui-là peut servir justement cette réponse, que les pères ont ordinairement à la bouche : je ne me veux pas dépouiller, devant que d'aller me coucher".  Montaigne, Essais II, 8

mercredi 14 mai 2008

Berkeley : à trois jours de mon anniversaire......

Dans la grande salle, de petites indiennes à longues tresses noires répètent une danse traditionnelle. Les mains jointes, pieds nus, elles marquent le rythme de leurs talons, zélées, un peu perdues parfois. Je les regarde amusée en attendant le début de mon cours de danse.
Elles remarquent ma présence et me lancent de brefs coups d'oeil, lorsque la chorégraphie leur permet. "Il y a une grande qui nous regarde" pensent-elles. Elles ont le regard timide et admiratif que j'avais encore il n'y a pas si longtemps. J'ai l'impression de me voir. Elles doivent avoir 8, 10 ans. C'est moi.
Pour elles je suis "une grande". A des millénaires d'elles. Elles ont encore intact, devant elles, le trésor que je suis en train d'épuiser goutte à goutte. Quand elles y accèderont, je serai loin, sans moyen d'y revenir.


Sales mioches.

mardi 13 mai 2008

Berkeley : vivons heureux

"Aaaaah, où est mon verre ?" s'écrie mon oncle Francis avec sa voix d'ogre en entrant dans ma chambre. "Je me saoûle tous les six mois, c'est aujourd'hui".
Et il repart.





















(Francis et Abuelita)

dimanche 11 mai 2008

Berkeley : Xochitl et le jardin du voisin

Une paire de ciseaux cachés dans son dos, Xochitl me fait signe de la suivre : "on va aller couper des fleurs chez l'ami de Francis". J'ouvre de gros yeux. "Mais...on a le droit ? - Ne t'inquiètes pas !" me dit Xochitl. Tandis que nous traversons la rue, elle me rassure : "c'est l'ami de Francis...c'est du gâchis elles vont pourrir...personne n'en profite...C'est la nature...elles sont tellement belles...on ne va pas en prendre beaucoup."

Dans le noir, elle tranche dans le magnifique buisson de roses rouges qui décore l'entrée de la maison : "c'est pas les bons ciseaux pour faire ça". Elle continue à me rassurer : "regarde, il y en a tellement...c'est l'ami de Francis... il n'est pas là..." Elle s'interrompt : "mais ça sent la menthe !" Elle regarde à ses pieds : "mais oui, bien sûr !" Elle en attrape une pleine poignée : "de la bonne, en plus !" Nous repartons toutes les deux les mains pleines.

"On n'achètera plus jamais de menthe !" annonce-t-elle triomphalement à son mari en rentrant à la maison. Il hoche la tête, fronce les sourcils :

"ah, elle est encore allée piquer des fleurs chez le voisin..."

Pour les oreilles

Bach, Cantate BWV 51, Jauchzet Gott in allen Landen, air "Hochster". Si seulement je savais de qui est cette interprétation...

Spéciale dédicace à ma tante Martine

samedi 10 mai 2008

Nicaragua : trois petits boum et puis s'en vont

La semaine dernière, j'attendais Yara dans un parking de San Francisco pendant qu'elle passait son code. Elle revient en sautillant : "Je l'ai eu ! je n'ai fait que deux fautes ! J'y crois pas ! Je l'ai !" Elle s'assied au volant, démarre, et BOUM.
La voiture monte et retombe d'un coup. "Mais Yara, il y a un plot devant, il fallait sortir en marche arrière !" "Ah mais je ne savais pas...bon je recule ou j'avance maintenant ?" Elle avance. BOUM. Et nous sortons du parking à contresens.

Yara en voiture, c'est beaucoup de calages et la plupart des rues en sens inverse.

Mais ce n'est rien comparé à son père.

Il fait nuit, nous rentrons à Managua, sains et saufs malgré les multiples freinages, évitages de chiens, renoncements à doubler qui ont rythmé la route. La voiture est pleine des fruits récoltés dans le jardin de Chinendega. Francis parle, parle, parle.

"- Je pense donc que la situation politique actuelle...
- Toppe, papa, toppe !" crie Xochitl. BOUM.

Les fruits derrière jouent des castagnettes.
"Pardon, je ne l'avais pas vu. Donc, la situation politique actuelle....

BOUM.

Les noix de coco nous tombent dessus.
"- Mais papa, tu ne vois pas qu'il y a des dos d'âne ?
- Non, désolé. De mon temps, on appelait ça des gendarmes endormis, on pouvait rouler sur eux sans qu'ils nous tirent de..."

BOUM.

"- Francis, t'es nul au volant !
- Ah, et pourtant il y a pas mal de commandants révolutionnaires qui voulaient m'engager comme chauffeur quand...
- Oui amor, dit Xochitl, et il y a aussi ta soeur qui a toujours dit que si tu voulais faire avorter ta copine, il suffisait que tu l'emmènes faire un tour en voiture."




mercredi 7 mai 2008

Nicaragua : Oli, oli, que me has dado ?


Au début des années 30, Oliviero Castañeda, bel homme, jeune, distingué, petite moustache, pattes et cheveux noirs gominés en arrière comme le veut la mode de l'époque, arrive dans la ville de Leon, Nicaragua, avec l'ambition de refaire sa vie après les bourdes qui lui ont coûté sa carrière d'avocat et l'ont forcé à s'exiler loin de son pays.

Il n'a plus un sou en poche, ne connaît personne, mais il a le don de plaire. Un homme rencontré par hasard le prend en amitié, lui offre un emploi dans sa ferme et une chambre dans sa maison, un bel hôtel de la rue principale. Oliviero accepte.

Dans la maison, il y a la femme, la fille, les deux cousines, l'amie qui leur rend régulièrement visite.
Dans la chambre d'Oliviero, dans son lit, il y a la femme, puis la fille, puis la cousine, puis l'autre, puis l'amie.

Chacune, en quittant la chambre, met un doigt sur la bouche : "que personne n'en sache rien". Oliviero se tait.

Et à chacune, pendant un mois, chaque jour, il donne à boire du poison. L'une après l'autre, en quelques semaines, elles meurent. Il est arrêté, mis en procès. Il décide d'être son propre avocat, défend son cas et est acquitté. Libre, il quitte la ville de Leon et disparaît.


Soixante-dix-huit ans après, dans la ville de Leon, Nicaragua, Julito Castañeda, fils de Julio Castañeda, se prépare pour sortir. Il passe un dernier coup de peigne dans ses cheveux noirs, lisse ses pattes, caresse sa petite moustache. Evidemment, il a entendu parler d'Oliviero Castañeda, comme tout le monde au Nicaragua. On a fait des chansons sur lui. Quant à savoir s'ils sont de la même famille...L'homme est devenu une légende. On ne sait même plus trop s'il a vraiment existé.

Il enfile une chemise blanche et part rejoindre ses amis dans un bar qui vient d'ouvrir, aménagé dans un ancien hôtel bourgeois de la rue principale.

Il n'est pas assis depuis cinq minutes qu'il remarque une vieille dame à l'autre bout de la salle. Le dos au bar, elle le regarde avec insistance. C'est comme si son regard traversait la foule pour arriver droit sur lui. Impossible d'y échapper.

Elle s'approche. Elle est maintenant au milieu de la salle. Quelques minutes, et elle est à la table d'à côté, à quelques mètres de lui.

Il finit par se tourner vers elle.
"- Qu'est-ce que vous voulez ?
- Comment tu t'appelles ?
- Pourquoi ?
- Dis-moi comment tu t'appelles.
- Julio.
- Non, ton nom.
- Castañeda."
Elle hoche la tête : "je le savais". Elle demande une preuve, il lui montre sa carte d'identité. "Alors...tu es vraiment lui !" Il ne comprend pas. "Viens avec moi".

Elle lui fait traverser la salle jusqu'à une petite pièce. Dans l'hôtel entièrement modernisé, elle est la seule inchangée, intact dans son goût de l'entre-deux-guerres. Accroché au mur du fond, il y a un grand tableau, recouvert d'un drap noir.
Elle le soulève.

"Est-ce que tu te reconnais ?"
Julio reste bouche bée. Il y a peut-être cette légère courbe au nez, peut-être le menton est-il un peu trop long. Mais c'est bien lui. Comme s'il se regardait dans un miroir.
"Mais...c'est qui ?"
"Oliviero Castañeda".


Julio rentre chez lui, se coupe les pattes et rase sa moustache.


mardi 6 mai 2008

Chinendega : retrouvailles

Il y a l'arrière-grand-mère, ses trois enfants, sa douzaine de petits-enfants, sa multitude d'arrière-petits-enfants. Il y a les épouses de 40 ans cadettes de leurs maris, il y a les nouveaux-nés, les perdus de vue, les "comme tu as grandi" ; il y a même le fils, inattendu, inespéré, qui baisse les armes le temps d'une fête après deux ans d'absence. Quatorze voitures sont venues du Guatemala, le reste est venu du Mexique, du Nicaragua, de Californie, du Brésil.

Les Castañeda, exilés, dispersés depuis la révolution au Guatemala, se retrouvent à Chinendega, Nicaragua, pour les 50 ans de Julio, leur petit-fils, fils, frère, oncle, père et cousin.

On dîne, on rit, on danse. Abuelita, l'arrière-grand-mère, sur ses tout petits pieds, sautille dans les bras de ses arrière-petits-enfants ; les tantes montrent le cha cha cha aux nièces, les cousins se remémorent leurs amours avec telle cousine qui leur a tout appris.

Carmen n'écoute que d'une oreille.
C'est la mère de Xochitl. Elle est assise à côté de Francis. Il parle, mentionne une date. "Le 17...c'était le jour de mon mari" dit-elle soudain. Un voile tombe sur son visage, lui fait baisser la tête et les yeux. Elle ne dit plus rien et n'écoute plus du tout.

On sue, on se dénude, on se trémousse sans peur du ridicule. Il fait une chaleur d'étuve. On boit du rhum "Flor de Caña" et des noix de coco cueillies dans les arbres du jardin, on dévore du porc nourri aux cacahuètes et des mangues grosses comme des aubergines.

Appuyée d'une main au mur, la tête légèrement en avant, Carmen pose sur la piste de danse des yeux incrédules, comme étonnés d'être là, et aveugles - elle ne remarque même pas qu'elle est en train de regarder des travestis se dénuder sur une chorégraphie grostesque. Elle fait semblant de regarder, tout comme elle fait semblant de sourire, de parler, de donner une présence à son regard quand quelqu'un s'adresse à elle. Elle fait un effort, mais dès qu'on la laisse seule, elle s'oublie dans ses pensées.

Etrangère à ce qui l'entoure, elle pense à celui qu'elle ne retrouvera pas.

lundi 5 mai 2008

San Juan del Sur : Tropiques

Pas de  jungle verdoyante, pas de grasse floraison. Les arbres maigres, poussiéreux, coiffent les monts de leurs courtes silhouettes disparates ; les forêts, d'un ocre terne, achèvent de mourir au soleil. Dans la rue, pas de danses ni de cris, pas de couleurs éclatantes. Tout semble avoir été passé à la poudre monochrome des chemins de terre. Les gens, ni curieux ni hostiles, mènent leur vie en silence sur le pas de leur porte, indifférents aux passants. A la plage, on garde ses habits, même lorsqu'on se baigne.
Ni joie ni misère. Le silence.




samedi 3 mai 2008

San Juan del Sur : et au milieu coule le Rubicon


L'ancienne présidente du Nicaragua, Violetta Chamorro, première femme président au monde, veuve du journaliste politique dont l'assassinat a déclenché la révolution, a eu quatre enfants. Deux fils, deux filles. Un fils et une fille l'ont appuyée pendant sa présidence, les deux autres ont pris leurs distances en réclamant une politique plus à gauche. Tous sont restés très actifs dans la vie politique du pays.

Elle leur a légué sa maison à San Juan del Sur. Ils l'ont détruite pour en reconstruire une divisée transversalement en quatre parties. Quatre parties de superficie rigoureusement égale, avec vue sur la mer d'un côté et accès à la piscine de l'autre.
Un chemin de gravier troue le milieu de la maison.
D'un côté du chemin habitent le fils et la fille qui ont opté pour une politique plus sociale. De l'autre habitent le fils et la fille qui ont préféré la politique conservatrice.
D'un côté du chemin, le mari de la fille vient déjeuner chez le fils, sa femme et leurs amis. Au même moment, de l'autre, la fille et sa belle-soeur déjeunent.
Ceux à gauche vont à la mer quand ceux à droite sont au bord de la piscine.
Et tandis qu'à gauche, chez le fils, la cuisinière, magnifique jeune femme, porte avec humour un tablier orange fluo à l'effigie du beau-frère, candidat aux dernières élections présidentielles - avec comme credo "je suis moche, mais je veux un beau Nicaragua" -, à droite, la vieille domestique, vêtue d'une robe à carreaux bleue et blanche et d'un tablier assorti, apporte, sans faire de bruit, une orangeade à sa patrone au bord de la piscine.

vendredi 2 mai 2008

Sur la route de San Juan

La route est longue jusqu'à San Juan del Sur, tout au Sud du Nicaragua, à la frontière avec la Costa Rica. Le réseau de chemin de fer a été supprimé il y a plusieurs années. Un chauffeur est venu nous chercher. Il fait nuit.
Le long de la route s'alignent des bicoques, presque des bidonvilles. Simples cubes de tôle ou de bois posés au bord du chemin, percés sur un ou deux murs pour créer des courants d'air, éclairés d'une seule ampoule, parfois décorés d'un linge terne pendu à des cordes détendues, ils me laissent apercevoir une vie que, malgré mes efforts, je ne peux pas me représenter.

jeudi 1 mai 2008

Nicaragua : l'absente de tout bouquet

Elle nous accueille, nous envahit dès la sortie de l'avion. Epaisse, âpre et impossible à identifier. Quelle plante, quel arbre inconnu peut bien émaner cette odeur ? Elle sature les couloirs, les immenses halls de l'aéroport, elle imprègne déjà mes habits. Elle change, subitement, et l'arôme que je croyais avoir identifié disparaît pour laisser place à une note plus douce ou plus âpre.

C'est un amalgame de bois embrasé, de feuilles et d'épices macérées, de parfums lourds, de pisse et de sueur humaine.

C'est beaucoup d'autres choses encore, comme si toute la nature, tous les êtres, tous les objets s'étaient mis à exalter leur essence, et à se battre, dans l'espace trop étroit, surchargé de l'air, pour la domination.

Bienvenue à Managua, Nicaragua.