En descendant sur la plage aux bateaux je me dis : chez les pêcheurs, la vie ne change pas. Toujours ces silhouettes noires des chaloupes face à la mer amenuisée de rochers. Et ces vagues au rythme sempiternel. Les hommes qui sur les épaules portent le poids de leur embarcation, mise à la mer, remontée sur la terre.
Je m'installe au "restaurant" - trois parasols, des chaises en plastique qui s'enfoncent dans le sable, à côté d'un barbecue de fortune où les pêcheurs vous vendent et font cuire leur pêche du jour. Rouget, soles, crabe, sardines, loups, araignées de mer. Et le pêcheur me dit :
- ça fait loooongtemps que vous n'êtes pas venue !
- Trois, quatre jours seulement, lui fais-je observer.
- Ah ! Mais pour nous les jours se ressemblent tous, c'est la même routine...
Seuls les autres convives changent. Il y a une semaine c'était encore des touristes. Maintenant ce sont des familles : deux ou trois femmes voilées, et un homme. Les femmes sont mères, sœurs, tantes. Les hommes sont hommes. Mais le voile ici n'a rien à voir avec celui de Syrie. C'est autant une coquetterie qu'une pudeur. Les femmes de Oualidia se baignent tout habillées, mais donnent à leur compagnon des conseils pour son entretien d'embauche. Elles vous regardent avec une ironie gentille. Les syriennes semblaient vous demander pardon d'exister.
Pour moi non plus la vie ne change pas : j'écris trois heures le matin, deux heures le soir, et mon livre avance à un rythme de croisière. À déjeuner je sors et vais manger un tajine en haut au village, ou une araignée de mer en bas chez les pêcheurs, ou une omelette au bar de la résidence. Je rêvasse un peu, je fais mon heure de piscine - quatre brasses, quatre crawl, quatre dos crawlés - puis je rentre tirer ma chaise jusqu'à ma table. Le soleil se couche face à moi à 18h30. Alors je me prépare une salade et je regarde un film tiré au hasard dans la pile que j'ai apportée.
Hier, c'était Le Monde du silence. Ça correspond assez bien à ma réalité.
Et je dois ajouter, bien que ce blog ne soit pas conçu pour les confidences (mais comme personne ne le lit, j'en fais ce que je veux !), que je n'ai jamais été aussi pleinement heureuse, épanouie et confiante de mes vingt-six ans de vie.
Inch'Allah, macha'Allah, ça durera.


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