Articles par pays

mercredi 30 avril 2008

San Francisco : Amen

Il y a une pub qui passe à la télé pour "How can I imagine", le CD des American Christians à seulement 19,99$.
Inclus dans l'album, les titres God is Awesome, God is in Control et Only the Christ.




mardi 29 avril 2008

Berkeley : à l'ombre des jardinières en sueur

Cinq femme qui n'ont de féminin que le nom. Pantalons larges, imprimés militaires, ceinture qui coupe le ventre en deux bouées, bras tout-puissants, cheveux ras, grosses chaussures et baseball hat. A leurs pieds, cinq pots de fleurs maigres allignés le long de l'étroite parcelle de gazon qui borde le trottoir. Tête baissée, les femmes réfléchissent.

Comment vont-elles placer les fleurs ? A travers le bruit de fouet que fait la corde à sauter de Yara sur le pavement du chemin, je les entend qui se concertent de l'autre côté de la rue. Brainstorming. Le camion est là avec tous les ustensiles, la vieille dame propriétaire les écoute religieusement, appuyée sur sa cane. Les mains noueuses sont enfoncées dans les hanches épaisses. On se déplace, on inspecte, on change d'angle de vue, on tente d'imaginer. Quelques phrases surgissent, prononcées d'une voix de stentor. "That's what I'm trying to figure out", "I'm very good at what I do".

Au bout d'une heure on se disperse, la décision est trop importante pour la prendre de manière si légère.

lundi 28 avril 2008

Berkeley : how far can you go ?

Sur le chemin de l'acuponcteur, Francis me dépose avenue Martin Luther King. "Continue tout droit, tu finiras par trouver un magasin de vélos".

Numéro 1504, numéro 1566, numéro 1628. Le long du trottoir arboré, les maisons se suivent et ne se ressemblent pas. Chaque propriétaire, chaque famille a voulu, dans la petite parcelle rectiligne qui lui est alouée, imprimer son caractère, ses goûts, son univers. Certaines maisons sont construites au fond du jardin, comme une chaumière perdue dans les bois ; d'autres, en américaines fières et conquerrantes, imposent leur porche victorien au bord du chemin ; il y en a en bois, en béton, peintes en blanc, bleu, rose, miniaturistes, coquettes, obèses, familiales, mondaines ; des carrées, des rectangulaires, des longues, des étroites, mais toutes comprises dans le cube que forme la parcelle au sol et la limite de hauteur sous les toits.

Numéro 1786, numéro 1808. Toujours pas de magasin de vélo en vue, le soleil commence à frapper fort, et je me mets à regretter d'avoir mis un pull en laine et de ne pas avoir pris de bouteille d'eau. Les jardins rivalisent d'exubérance, l'herbe est grasse, les arbres s'élancent vers le ciel et les fils électriques, les buissons croulent sous les fleurs largement ouvertes. Chaque centimètre d'herbe est exploité, il a droit à tout l'amour et tout le temps libre de la maîtresse de maison, et les jardins s'épanouissent avec fierté et ostentation comme des enfants gâtés et généreusement arrosés.

Numéro 2024, numéro 2120. Le frottement de mes espadrilles contre mes plantes de pied commence à me brûler, ma bouche est sèche, mon pull me démange. Je me mets à rêver de la fraîcheur du magasin de vélo, sa pénombre, l'éclat froid de ses chromes, l'eau pure de ses gourdes. J'ai l'impression de me retrouver cinq ans en arrière, lorsque, perdue à Los Angeles, j'ai erré pendant trois quarts d'heures sur un trottoir étroit et sans arbres, au bord d'une route à six voies encombrée de 4x4, la bouche sèche comme le désert du Colorado, et la tête pleine de jurons et d'imprécations contre ce pays qui construisait des kilomètres de trottoirs sans qu'il y ait jamais, jamais, personne dessus à qui demander son chemin.

Numéro 2230, 2356. Les immeubles bas et les larges bâtiments administratifs ont remplacé les maisonnées. Une question revient sans cesse : "jusqu'où va ta confiance en ton oncle ?" Il a peut-être mal évalué les distances, peut-être suis-je passée devant - "jusqu'où va ta confiance en ton oncle ?" C'est peut-être un bizutage ? Une façon de pousser l'oiseau hors du nid ? "jusqu'où va ta confiance en ton oncle ?" Une boutique, j'entre, je demande : "do you know a bicycle shop around here ?" On me dit de retourner sur mes pas, de prendre à gauche dans une rue perpendiculaire, de passer trois pâtés de maison, de tourner à droite puis à gauche.


"Jusqu'où va ta confiance en ton oncle ?" - Jusqu'au numéro 2498.

vendredi 25 avril 2008

Berkeley : en bruit de fond

L'un est un perroquet blanc et jaune à joues rouges, si vieux que son bec a l'air d'être fait en corne de pieds. Ses cris ressemblent au jappement d'une souris tant il est enroué, comme si sa voix avait déjà un pied dans la tombe. Il passe sa journée à monter et descendre le long des barreaux de sa cage en s'aidant de son bec comme d'une troisième patte. Il ne fait de bruit que quand on s'approche. Alors on le laisse tranquille.

L'autre est un inséparable séparé depuis un an de sa belle et complètement fou. Il reste plongé pendant des heures dans le silence et l'apathie, puis tout à coup, sans qu'aucune raison apparente puisse l'expliquer, se met à crier, à roucouler, à piailler, à glousser, à gémir, à voleter partout dans sa minuscule cage, à manger son perchoir. Il inspire des pulsions meurtrières à quiconque l'approche. Francis lui marmonne : "un jour, je vais t'étrangler".

Il ne doit sa vie qu'à Xochitl.

Il n'a même plus de prénom.

mercredi 23 avril 2008

Berkeley : le jardin de Xochitl

Après quelques jours en demi-teinte, le beau temps est de retour. Je suis assise à la table à manger, devant les grandes fenêtres qui ouvrent sur le balcon profus de couleurs et d'odeurs. Le soleil est tout en haut. Sur le rideau de verdure que forment les grands arbres sombres du jardin, se détache un écureil, la queue ébouriffée et légère comme les aigrettes d'un pissenlit. Il court le long de la rembarde du balcon, sautille parmis les fleurs écarlates, disparaît en partie, et, la tête en bas, le nez fureteur, s'aggripe aux poutres de ses petites pates roses, fragiles et acérées.

samedi 19 avril 2008

brève

J'ai mon billet pour le Nicaraguaaaaaaaaaaaa !!!!!!

vendredi 18 avril 2008

Berkeley : au supermarché

Yara et moi allons chez Trader Joe faire les courses - meme que c'est elle qui conduit, comme une grande.

Assises chacune dans une sorte de petite moto-voiture hybride, une main sur le volant et l'autre qui furete dans les rayons du supermarche, deux femmes discutent comme si elles etaient au salon de the. L'une d'elle a sa fille d'une dizaine d'annee sur les genoux, qui papote de sa voix suraigue, indifferente au fait que personne ne l'ecoute.
Je demande a Yara si ce sont des handicapees, pour ainsi faire leurs courses en voiturette dans un supermarche de la taille d'un franprix. Mais non. Sur le devant de la voiturette, accroche au panier a courses, il y a un ecriteau : "For our valued clients who would like a lift - Trader Joe, Because We Care". C'est bien connu, les jambes n'aiment pas marcher.

Yara et moi discutons en francais. Au detour d'un rayon un homme qui nous suivait depuis quelques minutes nous saute litteralement dessus : "vous etes francaises, nous aussi, on est la depuis 5 mois, on vient de Nevers". La France a l'air de lui manquer, parce qu'il ne nous lache plus, nous raconte sa vie, et Yara, a l'americaine, l'encourage : "ah ! C'est interessant ! Vraiment ? C'est genial !"   Tout de meme, on commence a faire marche arriere, et Yara tire discretement a elle notre caddi, sur lequel l'homme a carrement pose son panier, et qu'il finit par aggriper dans un dernier spasme de naufrage, sentant que nous nous appretons a prendre conge de lui et de sa femme mal fagotee.
On finit par s'en debarrasser.

Et devinez quel avait ete le sujet de conversation ? Voyons, quand quatre francais se rencontrent dans un supermarche de Californie, ils parlent de....fromage.

mercredi 16 avril 2008

Dans l'avion pour SF

Départ chaotique, comme toujours avec moi. J'ai mon avion à la dernière minute, avec dans ma valise et dans mes sacs beaucoup de choses inutiles et trop de choses oubliées.

Je m'endors presque immediatement. Pendant un mois j'ai travaillé la nuit, j'ai pris l'habitude de m'endormir à la lumière du soleil.

Lorsque je me réveille nous survolons le Groenland. D'immenses plaques de glace s'étendent, plates comme des galets, irrisées par le soleil, sillonnées par l'éclair sombre de la mer. Un peu plus loin, des montagnes basses, duveteuses, montrent leurs côtes striées de gris. Elles ressemblent à la carcasse d'une baleine échouée. Les nuages, d'un blanc sale, s'y mêlent.

Dans l'avion l'ambiance est à la joyeuse impunité. On s'enjambe pour accéder au couloir, une petite fille blonde et dodue se déshabille et découvre les merveilles de son nombril en souriant poliment aux passants tandis que ses parents ronflent.

Il reste 5h de voyage. Je me rendors. Lorsque je rouvre les yeux, les montagnes rocheuses, saupoudrées de neige, frippées comme une peau de vieille, s'étendent jusqu'à l'horizon. C'est alors que je me dis "j'ai donc fini par partir".


Et voici San Francisco, avec la geométrie dansante de ses suburbs le long des autoroutes, avec son soleil dense, et seulement là-bas, aux abords des plages, les nuages qui s'entassent au-dessus de la mer comme des moutons.

Welcome to the United States of America

C'est bientôt mon tour. Devant moi, de l'autre côté de la ligne jaune, le douanier finit de prendre les empreintes d'un couple de Français sans histoires. Le douanier me regarde avec insistance. Je me dis qu'il me fait les yeux doux.

J'arrive devant lui. Il me fait poser les quatre doigts de la main droite, puis de la main gauche, puis les deux pouces sur un petite machine, et me demande d'enlever mes lunettes pour prendre en photo mon oeil.


Et il se met à me poser des questions. Pourquoi je viens aux US ? pour combien de temps ? Chez qui ? Son nom ? Sa profession ? La mienne ? Mon salaire mensuel ? La date de fin d'année scolaire ? J'ai à peine le temps de répondre à l'une qu'il est déjà passé à la suivante. Et il note tout ce que je dis, surtout mes hésitations.


Il griffonne un chiffre sur mon formulaire. Ce n'est pas le même que pour le couple qui me précédait. Et il ne m'envoie pas au même endroit qu'eux, mais à un second bureau des douanes, au bout d'un couloir, pour "further questions".
On me demande de mettre mon passeport dans un petit casier et d'aller m'asseoir. Il y a une vieille dame chinoise, accompagnée de son mari handicapé, qui tente d'expliquer quelque chose au douanier. Sans lever les yeux du clavier, celui-ci l'interrompt : "m'am, I don't speak your language, so go back to your seat". Un agent vient la voir, lui demande "show me your other passports - passports - PASSPORTS", la dame lui répond en chinois. Chacun s'entête dans sa langue.



Dans la salle, il y a des indiens, des mexicains, des chinois, il y a des hommes en robe bleue, turban et longue barbe noire qui viennent d'entrer, et puis il y a moi. J'attends mon tour en énumérant mes péchés.

On m'appelle enfin. Second interrogatoire, encore plus fouillé. Le douanier finit par savoir des choses dont je ne parle d'ordinaire jamais. Je sens que si je n'entre pas dans les détails, ils me renverront en France.


Enfin on me laisse passer. Je récupère ma valise, la dernière sur le tapis roulant, et je sors de l'aéroport. Je retrouve Yara toute bronzée et Xochitl qui, quand je lui explique pourquoi j'ai mis tellement de temps, me dit immédiatement : "il fallait cacher ça" en montrant le petit suçon que j'ai au cou. "La moindre anomalie, et tu es suspecte".

Si j'avais su, je me serais présentée avec un suçon encore plus gros.