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lundi 13 août 2012

Ilha do Marajó, au bout du bout

Je suis partie pour Marajó, plus grande île deltaïque du monde paraît-il (elle a la taille de la Suisse), à trois heures en bateau de Belem. L'île ne compte que quatre véritables villes, de 10 à 20 000 habitants. Le reste est aux fazendas et au matto - la brousse, la forêt primaire, amas désordonné d'espèces végétales mangées par les chenilles et les termites, et habitées par les chants d'oiseaux inconnus.

Je suis d'abord allée à Joanes, village de pêcheurs où la plage est aux poissons morts et aux urubu (charognards). Aux premiers pas dans l'eau, on est dans le fleuve. A la première brasse, c'est la mer. Le mélange des deux eaux, douce et salée, tue tous les poissons qui se trompent d'appartenance. On ne se baigne pas, d'abord parce que le courant est fort, et puis parce que le sable est infesté de raies qui vous transpercent le pied de leur dard.
Une seule rue, vide ; le mercado vend un œuf et trois tomates pourries ; un haut-parleur diffuse en permanence de la musique ; un cheval passe. Un groupe de buffles, énormes, noirs charbon, cornus, occupe la route. Il faut se résoudre à passer parmi eux. Ils s'écartent, indifférents.


 Joanes


Salvaterra, plus haut le long de la côte, est plus peuplée. Il y a un peu plus de goudron dans les rues, plutôt que la terre rouge de Joanes. À nouveau des chevaux en liberté - une jument et son poulain, la mère bien droite précédant l'enfant, tous deux remontant la rue comme s'ils savaient où ils vont. Ce sont les élections municipales et chaque maison annonce son candidat favori par son numéro ("aqui é 17"), inscrit sur un drapeau ou peint sur la façade. Dans la rue principale, celle qui forme une ligne continue du petit port de l'île à Joanes, puis Salvaterra, puis Soure, la capitale, des voitures peinturlurées, les baffles à fond, diffusent des tubes dont les paroles ont été revisitées pour vanter le bien que le numéro 17, ou 45, ou 32 veut pour Salvaterra ("eu quero ver Salvaterra prosperar, eu quero ver Salvaterra ser feliz"). À la sortie de la boulangerie, une chèvre, clocharde du cru, réclame sa dîme de pain au sucre.



Et puis enfin Soure, capitale de rues vides, en sieste perpétuelle, seulement interrompue par le surgissement de buffles pourchassés par des cavaliers montés à cru.
Mon hôtel est complément vide, et depuis si longtemps que les araignées ont tissé leurs toiles dans les draps. Il y a, comme dans toutes les pièces de toutes les habitations d'Amazonie, des crochets pour le hamac. J'accroche le mien, me met un bandeau sur les oreilles pour les protéger des fourmis géantes qui mangent la porte de la salle de bain, referme sur moi la laine rugueuse de ma maison portative.



C'est la fin du voyage : dans quelques jours, retour à Belem, puis Rio, puis Paris. Dans mon hamac, les écouteurs vissés aux oreilles pour couvrir les rythmes zouc que le voisin écoute à fond, je fais le bilan non seulement des trois semaines à descendre l'Amazone, mais aussi des deux mois passés à Rio.

Si j'avais su j'aurais sûrement fait l'inverse et passé le plus de temps possible en Amazonie. Mais trois mois fut une bonne durée totale, car j'arrive à une certaine lassitude de ce pays où la culture de masse - faite de football, de consommation dopée aux crédits, de novellas qui à 21h réunissent tout le monde (même à Joanes) devant la télévision, de MPB que les baffles des voitures et des maisons diffusent à longueur de journée - prend toute la place, empâte tout de son conformisme, même là où on croirait trouver une culture locale plus élaborée. Et s'il faut ajouter à cela la mentalité insulaire des habitants des anciennes villes à caoutchouc, Manaus ou Belem, anciens eldorados autosuffisants devenus provinces délaissées, qui les rend rétifs à ce qui est inconnu...

J'ai pu mesurer, pendant ce voyage, combien j'appartiens à la culture humaniste européenne et ne pourrais vivre longtemps loin d'elle. J'ai mesuré ma chance de naître dans un pays possédant une culture millénaire qui continue, bon an mal an, de passer de génération en génération, donnant à ses enfants le goût des choses immatérielles et lui enseignant l'art de donner au quotidien de la douceur et de la délicatesse. Une civilisation et un environnement que le temps a si bien frottés l'un contre l'autre qu'ils ont fini par se fondre l'un dans l'autre plutôt que de se faire la guerre, comme ici. L'usage du monde, comme dit Nicolas Bouvier : formule ambigüe, mais qui se comprend, dans le Nouveau Monde, a contrario.

La violence de mon jugement sur le Brésil, qu'il soit complètement erroné ou non, a ceci de vrai qu'il révèle un trait grandissant de mon caractère. Plus le temps passe et plus j'aime le dépouillement. Je suis partie de France en vendant mes meubles et mes habits, heureuse de me sentir suffisamment légère pour être guidée par le vent. Je ne comprends pas le besoin d'accumuler, de transformer chez soi en magasin d'électroménager (je pense à ma logeuse de Belem, dont les placards craquent de toutes sortes d'appareils qu'elle garde précieusement dans leurs boîtes), de créer des nids à poussière à force de babioles censément décoratives ou de garder indéfiniment ce qu'on n'utilise pas. Je hais la consommation et ce qu'elle implique - la vacuité intellectuelle du matérialisme, la suprématie sociale du mercantilisme, la boulimie d'objets qui révèle le vide intérieur, la docilité aux manipulations publicitaires. J'aime que les choses se réduisent à l'essentiel. Or, le Brésil est en plein dans la fièvre acheteuse des pays enfin en croissance après avoir été longtemps en berne. On ne peut pas se comprendre.
En Amazonie, Levi-Strauss en poche, je regarde le trait noir d'une pirogue, conduite à la rame par une femme et sa fille, quitter la maison de bois encadrée de jungle et glisser silencieusement sur l'eau argentée - mais je suis sur un énorme bateau qui avale les kilomètres du fleuve en y rejetant ses eaux sales, qui couvre le bruit de ses moteurs par une musique diffusée au maximum, et dont les passagers transportent ces nouveaux objets fabuleux, machines, appareils électroniques, qui donneront à leur vie, pensent-il, ce qui lui manque.


Salvaterra

Soure

Salvaterra

lundi 6 août 2012

Descente de l'amazone en bateau

La descente de l'Amazone a pris fin hier matin, à l'aube, avec l'arrivée à Belem - malade. Une semaine de hamac, de lecture et de contemplation de la forêt qui défile, dans des bateaux bondés où on renonce vite à faire respecter la notion d'espace privé et à se sentir propre.


Le trajet Manaus-Santarem, 2 jours et 1 nuit dans un petit bateau de trois étages (petit en comparaison de celui que je devais prendre pour Santarem-Belem), s'était merveilleusement bien passé. Mon billet, acheté à l'avance au port, indiquait un départ à 7h du matin. J'arrivais à 5h pour installer mon hamac. Le gros des passagers arriva à 10h et le bateau partit à midi. Mais j'étais dans mon hamac, avec Levi-Strauss sur le ventre : j'étais parée pour que le temps ralentisse.



Pendant une grande partie du chemin jusqu'à Santarem, j'avais pour voisins, à ma droite, une de ces petites veilles édentées et souriantes, buste épais sur maigres jambes. Elle avait apporté ses timbales en fer-blanc dans un panier en osier et, assise par terre sous son hamac à dentelles menthe à l'eau, se préparait de petits plats toute la journée. Car la nourriture sur le bateau est non seulement mauvaise, mais répétitive : viande ou poulet, accompagné du quatuor inséparable farofa, feijão, pâtes et riz. À ma gauche, une famille indigène de quatre enfants avait savamment placé ses hamacs les uns au-dessus des autres. Ils transportaient avec eux un monceau de bagages, une machine à laver et une chaîne hi-fi. La plupart des passagers étaient ainsi chargés. J'ai appris plus tard que c'est parce que Manaus est une "ville franche", sans taxes : toute l'Amazonie y vient faire ses gros achats.


Le dernier des enfants de mes voisins avait juste un an. Il était nourri au sein par sa mère et j'aurais pu prendre des milliers de photos de ces scènes où la jeune femme, entourée du flot de ses cheveux noirs, s'endormait dans le hamac avec, accroché à son sein, le petit bonhomme aux yeux vifs. Je n'ai jamais vu un enfant habité d'une telle joie de vivre. Il raffolait des pommes, craquait leur peau de sa bouche sans dents pour sucer le suc, s'en mettait partout, et lorsqu'un de ses frères passait près de lui, s'accrochait à son cou pour l'embrasser de sa figure barbouillée. Quand il sortait de la douche dans les bras de sa mère, on entendait de loin la cascade de son rire et on voyait son petit visage hilare arriver, enveloppé dans la capuche de son peignoir miniature. Parfois je le trouvais endormi dans mon hamac : en mon absence, ce dernier servait de lit d'appoint à la famille nombreuse.


Après deux jours à terre, le second voyage, Santarem-Belem, a été plus pénible : 3 jours et 2 nuits dans un énorme bateau qui allait si vite que le vent faisait constamment battre le hamac comme une voile. La feijoada réchauffée a fini par m'intoxiquer, ou peut-être ce fut le litre d'açaï pur que j'achetais aux amerindiens entrés en douce dans le bateau. En tous cas, mes deux premières journées à Belem se sont passées au lit. Mais il y avait, depuis le toit du bateau, une vue incroyable ; et comme nous empruntions des canaux plus étroits de l'Amazone, on voyait enfin de près la forêt et ses habitants - cueilleurs d'açaï et pêcheurs qui, quittant leur petite maison de bois au bord de l'eau, s'approchaient en pirogue de notre énorme embarcation - pour voir, ou pour récolter les sacs d'habits que les passagers leur jetaient, ou pour, au péril de leur vie, hameçonner une des bouées du bateau, y amarrer leur frêle barque et grimper pour vendre à la sauvette des sacs de crevette ou d'açaï.


J'ai eu durant ce voyage aux horizons immenses des moments de vaste solitude et de bonheur. Et je comprends Levi-Strauss qui s'est donné tant de mal, et qui a si peu réussi à narrer les couchers de soleil ; car c'est un spectacle qu'on voudrait partager, tantôt impérial, tantôt d'une délicatesse de dentelle, lorsque le soleil couchant n'éclaire les nuages que par le liseré de leur bordure. Et quels nuages, que l'horizon plat laisse voir tout entiers dans leurs volutes et leurs folles architectures ! Tantôt coups de torchon sur la peinture fraîche du ciel, tantôt ombres portées des frondaisons... Mais voilà que je m'y met aussi ! Une photo devrait suffire.


Ce voyage provoque aussi un sentiment récurrent de frustration. On voudrait s'y perdre, n'avoir aucune limite de temps, d'argent, de langue. J'aurais pu rester des mois à Santarem ; m'installer dans une des maisons sans mur d'Alter do Chao ; j'aimerais qu'on accoste et qu'on me laisse explorer ce village dont j'ignore le nom, bande de sable roux où jouent des enfants, où la rue principale est encore du sable qui va se perdre dans la forêt ; et, sur un coup de tête, descendre à Gurupa, village de maisons sur pilotis coincé entre l'immensité de la jungle et l'immensité du fleuve ; y prendre une chambre au petit hôtel Malibu à façade vert pâle et moi aussi, à l'aube, partir pêcher dans une de ces longues barques à moteur pétaradant. Et m'enfoncer dans la forêt, au gré des rencontres et des découvertes ; dans les grottes de Monte Allegre, voir les peintures rupestres. Perdre la notion du temps et parvenir peut-être à comprendre ce que c'est que cette vie que je vois et que je ne parviens pas à m'imaginer, isolée comme on l'est nulle part ailleurs dans le monde, infinie et bornée en même temps, anachronique, faite de peu, au cœur d'une nature prolifique.


jeudi 2 août 2012

L'art de tuer les poissons

Revenue d'alter do chao - village où les maisons n'ont pas de murs, où dans les rues les charognards paissent, et dont l'intérêt touristique, outre son incroyable coopérative d'artisanat indigène, tient à une bande de sable blanc émergeant du fleuve, plage d'autant plus paradisiaque qu'il n'y a aucun touriste - je me promène dans l'atmosphère méditerranéenne du Santarem nocturne. Le cireur de chaussure, habillé aussi bien qu'un banquier de New York, passe en chantonnant, son trépied sur l'épaule. Les coffres ouverts dévoilent d'énormes basses rétroéclairées d'où sort du forró ou de la pop américaine. De petits coussins que les marchands ambulants ont installés sur le sol de la
promenade permettent aux promeneurs de s'asseoir un moment pour déguster une bière Skol ou une agua de côco.

Sur la jetée, des jeunes hommes pêchent tandis que les filles, assises les pieds dans l'eau, discutent. En fait de canne ils n'ont qu'une bobine d'un fil qu'ils font tourner comme un lasso avant de le jeter dans l'Amazone. Au-dessus de leur tête, la lune, petite. Face à eux, le mur absolument noir du fleuve et de la nuit, indiscernables l'un de l'autre.

Poétique ? La pêche est bonne et multiple. Lorsque le fil tire, d'un geste, les pêcheurs font passer le poisson par-dessus leur épaule et le laissent tomber derrière eux, sur la jetée, parmi ses semblables. Il bat le bois de sa nageoire, avec violence, décole, retombe. On vient lui retirer, avec une pince, l'hameçon. À certains on coupe les nageoires tranchantes, qu'on rend au fleuve en les faisant tomber à travers les lattes de la jetée. Puis on laisse les poissons à nouveau. Ils saignent désormais, ne sautent plus, mais leurs bronchies s'ouvrent et se referment largement.

À côté de moi un petit garçon vient s'asseoir. Il tient dans ses mains un grand verre en plastique où nage, dans un fond d'eau, un petit poisson. Il se met à serrer les parois du verre, se rend compte que l'eau fuit, pose le verre à côté de moi, disparaît. Du moins voilà un poisson qui peut encore respirer !

Le petit revient, attrape le poisson par sa nageoire, lui pince la mâchoire et tire dessus. Il me montre le poisson ainsi écartelé. "c'est fragile, il faut être gentil avec lui" lui dis-je. Il remet le poisson dans son bocal de plastique. La bête respire encore, mais a le ventre en l'air. "il est en train de mourir", dis-je. Le petit hausse les épaules : "mais non, il vit", et disparaît à nouveau.

Éparpillée sur la jetée, l'hécatombe de poissons pêchée par les aînés vit encore, elle aussi. Les uns faiblement désormais, les autres encore avec l'énergie du désespoir. Je découvre combien les poissons mettent longtemps à mourir.


mercredi 1 août 2012

Santarem, parà

Après deux jours de bateau, arrivée à Santarem, village endormi aux maisons de deux étages, organisé le long d'une promenade face à l'Amazone où les habitants mangent des brochettes en écoutant la musique qui sort de leur voiture toutes portes ouvertes. Dans la pénombre des rues vides, on se croirait dans quelque village côtier de la méditerranée si on ne constatait pas, comme à Manaus, la cruelle et paradoxale absence de la nature : aucun arbre le long de cette promenade où pourtant, la journée, il fait horriblement chaud.

Étrange de se dire que les grandes villes (manaus en amont, belem en aval) sont à deux jours de bateau (les routes ne sont pas praticables) et que le prochain village est de l'autre côté du fleuve... c'est-à-dire à 6h de bateau.

Portrait

Il faut que j'accorde un portrait à Sandra, ma logeuse de couchsurfing à Manaus. 28 ans, mère d'une petite Clarice (prénom qu'on entend partout, hommage à l'écrivain Clarice Lispector) âgée de 4 ans, que sa mère surnomme cindirella ou cece (prononcer Sissi). L'enfant a eu droit à la loterie typiquement brésilienne de l'ethnicité : la mère est brune, le père a clairement du sang indien, et Sissi a des boucles blondes et des yeux bleus.


Sandra est de manaus born and raise. Elle connaît peut le reste du Brésil : Fortaleza quelques jours, Rio idem il y a dix ans, et 10 jours de vacances à São Paulo dans la famille de son mari chaque année. Il y a quelques mois, et pour la première fois de sa vie, elle est sortie du pays pour passer six mois d'échange en Caroline du nord, à l'université d'Appalachian. Elle y a été très étonnée de découvrir qu'on n'y pouvait pas boire de jus de fruit frais, mais à part ça, elle est rentrée enthousiaste, et l'amour pour les pizzas encore plus fort. Elle a collé des autocollants de son université sur son ordinateur, sa voiture et son frigo. Manque de chance, Manaus ressemble fort aux villes d'Amérique du nord : rues à quatre voies, centres commerciaux, béton, etc. Sandra n'a donc pas eu de révolution copernicienne, et est rentrée toujours ignorante de ce que c'est que la différence. Alors que nous marchons dans Manaus, je lui dis :
- tu sais, là d'où je viens, c'est très différent. Les rues sont petites, les immeubles sont collés et tous à la même hauteur, il n'y a pas de ciel immense mais des morceaux entre les toits...
- vraiment ? Est-ce qu'à Paris aussi, on doit payer soi-même le serveur ?
- qu'est-ce que tu veux dire ?
- aux Etats-Unis, ils ajoutaient une somme à celle de mon repas. C'était pour le serveur. Je devais moi-même payer le serveur !
- non, à Paris, c'est inclus.
- ah, c'est bien, ça ! Comme ici.
- oui, c'est mieux. Mais pour le reste, tu prends Manaus, tu imagines l'extrême inverse, et c'est Paris. Et c'est très différent des Etats-Unis aussi, tu sais.
- mon mari me l'a dit : pour aller aux Etats-Unis le visa est très cher. Pour l'Europe, c'est plus facile.

Sandra et sa famille habitent dans un condominium à Flores, une excroissance de Manaus. Comme la ville est immense et sans cesse en construction, il faut, pour que le taxi trouve le lotissement Quinta das laranjeiras, lui indiquer un point de référence : à partir de la clinique des fractures, troisième à gauche. Et lorsque Sandra appelle pour moi l'hôtel à Santarem, village de quelques rues, elle demande à l'hôtelier quel point de référence donner au taxi - bien en peine, il lui indique l'épicerie d'en face.

Dans sa maison de carrelage blanc et de mur blanc, il y a un aquarium aménagé dans le sol, deux canapés devant une grande télé, une table à manger avec quatre chaises, trois chambres à l'étage. Triste réalité à laquelle réduit la société de consommation, d'habitations standards aux meubles standards, sans vrai confort ni personnalité, dont tout l'intérêt est de présenter un certain degré de possession, en attendant d'acquérir la catégorie au-dessus. Une vie de Sims, me dis-je. Manaus ne semble pas proposer beaucoup plus à ses habitants.

Elle éduque sa fille... C'est-à dire qu'elle ne l'éduque pas. Cindirella, étrange surnom pour cette étrange enfant, appelle :
- maman.
- oui, Sissi, répond immédiatement la mère.
- viens ici, maman.
- attends une petite seconde, Sissi, com licencia.
- viens ici, maman, répète la petite fille, sans s'arrêter, jusqu'à ce que la mère s'exécute.
Pour les repas, la mère demande à la fille ce qu'elle veut manger : trois olives, deux cuillères de salade ("elle mange de tout" se réjouit la mère) et un paquet de chips au fromage, demande Sissi.
- mais je ne peux pas te donner d'olives, la boite date d'il y a cinq jours.
L'enfant hurle.
- je vais en ouvrir une nouvelle, Sissi.
Qu'est-ce qui a pu rompre à ce point le fil du savoir, pour que même le savoir des mères se perde ?