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lundi 30 juillet 2012
dimanche 29 juillet 2012
Manaus à pile ou face
Manaus me révulse. Je choisis consciemment ce verbe : pour son sens fort, la réaction physique qu'il implique et le retournement qu'il évoque. Comme on retourne une crêpe, ou plutôt comme on fait passer une pièce de monnaie de pile à face, Manaus me traite.
Pile. Le cœur de l'Amazonie. Territoire mythique - peuplé de légendes et de vrais peuples, d'hommes à l'état de nature peut-être et sûrement encore des indiens de Lévi-Strauss. La ville est immense et cependant l'Amazonie est partout, dans les cris d'oiseaux inconnus parmi les klaxons, dans les feuilles grandes comme le buste qui jaunissent dans les égouts, dans l'horizon infini qu'ouvre le Rio Preto, dans les échafaudages de nuages qui valent toutes les Tour Eiffel.
Face. Un urbanisme irrationnel, livré aux promoteurs, qui creuse des trous béants dans la forêt dense et tue l'horizon par des gratte-ciel. Une population toute entière tournée vers la consommation, qui n'entretient pas de rapport avec la nature ni ne la respecte. Une incurie évidente, une inconscience du reste du monde, qui vient précisément de l'enfermement que provoque cette interminable nature environnante.
Manaus ressemble, par ses barres d'immeubles, ses malls et les habitudes de ses habitants, à bien des villes nord-américaines. Mais que les dites villes soient laides ne me révulse pas.
Le désespoir rageur qui monte régulièrement en moi tandis que je visite Manaus vient évidemment du fait qu'à mes yeux (comme aux yeux de toute l'humanité peut-être, les habitants de Manaus mis à part) elle se situe dans un territoire universel : cette ville grignote et maltraite le poumon de la terre, la forêt qui nous fait tous vivre.
Il y a sans doute aussi le fait que tout voyageur arrive en Amazonie en espérant y être un peu plus près des origines. À Manaus, il ne peut pas être plus loin.
À ce sujet il y aurait bien des passages de Tristes tropiques à citer. Tant de passages, que je me retrouverais à citer Lévi-Srauss tout entier. Lire la première partie, La Fin des voyages, tandis que je débute ma propre exploration de l'Amazonie décuple la puissance de chacune des phrases de ce chef-d'œuvre.
Pile. Le cœur de l'Amazonie. Territoire mythique - peuplé de légendes et de vrais peuples, d'hommes à l'état de nature peut-être et sûrement encore des indiens de Lévi-Strauss. La ville est immense et cependant l'Amazonie est partout, dans les cris d'oiseaux inconnus parmi les klaxons, dans les feuilles grandes comme le buste qui jaunissent dans les égouts, dans l'horizon infini qu'ouvre le Rio Preto, dans les échafaudages de nuages qui valent toutes les Tour Eiffel.
Face. Un urbanisme irrationnel, livré aux promoteurs, qui creuse des trous béants dans la forêt dense et tue l'horizon par des gratte-ciel. Une population toute entière tournée vers la consommation, qui n'entretient pas de rapport avec la nature ni ne la respecte. Une incurie évidente, une inconscience du reste du monde, qui vient précisément de l'enfermement que provoque cette interminable nature environnante.
Manaus ressemble, par ses barres d'immeubles, ses malls et les habitudes de ses habitants, à bien des villes nord-américaines. Mais que les dites villes soient laides ne me révulse pas.
Le désespoir rageur qui monte régulièrement en moi tandis que je visite Manaus vient évidemment du fait qu'à mes yeux (comme aux yeux de toute l'humanité peut-être, les habitants de Manaus mis à part) elle se situe dans un territoire universel : cette ville grignote et maltraite le poumon de la terre, la forêt qui nous fait tous vivre.
Il y a sans doute aussi le fait que tout voyageur arrive en Amazonie en espérant y être un peu plus près des origines. À Manaus, il ne peut pas être plus loin.
À ce sujet il y aurait bien des passages de Tristes tropiques à citer. Tant de passages, que je me retrouverais à citer Lévi-Srauss tout entier. Lire la première partie, La Fin des voyages, tandis que je débute ma propre exploration de l'Amazonie décuple la puissance de chacune des phrases de ce chef-d'œuvre.
Pays/territoire :
Manaus Manaus
Manières de voir
La famille qui m'héberge à Manaus m'a emmenée visiter, de l'autre côté du Rio Preto (fleuve immense, noir comme encre de Chine) une ancienne fabrique de caoutchouc.
Ils ont beau vivre au cœur de la plus grande jungle du monde, les habitants de Manaus sont urbains. Ils ne fréquentent pas la nature. Mes hôtes vont d'un point à l'autre de la ville dans leur voiture à air conditionné, vivent dans leur condominium et, le week-end, restent d'ordinaire chez eux à regarder la télévision.
Une guide nous emmène, en groupe, visiter les diverses baraques en pilotis de la fabrique. Et je suis frappée, peinée, par l'absence d'attention à l'esthétique dont font montre ma vingtaine de compagnons de visite. Mes hôtes me demandent de les prendre en photo - et alors qu'ils sont au pied d'arbres majestueux, et qu'au bord de l'eau noire un énorme tronc échoué tend ses racines au soleil, et qu'une jetée s'avance sous le ciel où les nuages semblent avoir été raclés dans la peinture bleue, ils vont poser... devant le panneau qui annonce l'entrée du musée. Nous visitons une maison de paille, et une femme à chapeau rouge vient à passer dans l'encadré luxuriant de la fenêtre : tout le monde s'exclame, on lui demande de poser... Et on zoom si bien qu'on ne voit plus que son visage au sourire figé. Sous les frondaisons la lumière est douce et tamisée ; mais on utilise le flash. Et le sang blanc des arbres à caoutchouc coule sans arrêter personne.
Que viennent-ils chercher, alors, dans cette visite ? Que voient-ils que je ne vois pas ? Leurs marques d'intérêt à certaines étapes aident à comprendre. Ils sont passés sans s'arrêter devant la hutte basse où, dans l'étuve du feu, les ouvriers transformaient le sang blanc en noirs ballons de pâte exportable ; mais ils se sont extasiés devant les verres de Baccarat et le piano allemand du riche propriétaire ; mais ils se sont moqués de sa pudibonderie portugaise ; mais ils ont reconnu avec enthousiasme sa gourmandise brésilienne.
Peut-être que chaque nation a une déformation du regard. Celle des pays-continents, comme le Brésil ou la Russie, semble être une attention chauvine à tout ce qui marque concrètement la grandeur et une indifférence repue pour les détails.
Ils ont beau vivre au cœur de la plus grande jungle du monde, les habitants de Manaus sont urbains. Ils ne fréquentent pas la nature. Mes hôtes vont d'un point à l'autre de la ville dans leur voiture à air conditionné, vivent dans leur condominium et, le week-end, restent d'ordinaire chez eux à regarder la télévision.
Une guide nous emmène, en groupe, visiter les diverses baraques en pilotis de la fabrique. Et je suis frappée, peinée, par l'absence d'attention à l'esthétique dont font montre ma vingtaine de compagnons de visite. Mes hôtes me demandent de les prendre en photo - et alors qu'ils sont au pied d'arbres majestueux, et qu'au bord de l'eau noire un énorme tronc échoué tend ses racines au soleil, et qu'une jetée s'avance sous le ciel où les nuages semblent avoir été raclés dans la peinture bleue, ils vont poser... devant le panneau qui annonce l'entrée du musée. Nous visitons une maison de paille, et une femme à chapeau rouge vient à passer dans l'encadré luxuriant de la fenêtre : tout le monde s'exclame, on lui demande de poser... Et on zoom si bien qu'on ne voit plus que son visage au sourire figé. Sous les frondaisons la lumière est douce et tamisée ; mais on utilise le flash. Et le sang blanc des arbres à caoutchouc coule sans arrêter personne.
Que viennent-ils chercher, alors, dans cette visite ? Que voient-ils que je ne vois pas ? Leurs marques d'intérêt à certaines étapes aident à comprendre. Ils sont passés sans s'arrêter devant la hutte basse où, dans l'étuve du feu, les ouvriers transformaient le sang blanc en noirs ballons de pâte exportable ; mais ils se sont extasiés devant les verres de Baccarat et le piano allemand du riche propriétaire ; mais ils se sont moqués de sa pudibonderie portugaise ; mais ils ont reconnu avec enthousiasme sa gourmandise brésilienne.
Peut-être que chaque nation a une déformation du regard. Celle des pays-continents, comme le Brésil ou la Russie, semble être une attention chauvine à tout ce qui marque concrètement la grandeur et une indifférence repue pour les détails.
samedi 28 juillet 2012
Tacacá
Arrivée à Manaus, au cœur de l'Amazonie. Petites échoppes, béton armé, peintures décaties, 4x4, chaises en plastique, fruits inconnus, barres sans charme, charme colonial. J'aime ce désordre, celui des économies en développement ou en décrépitude, où toutes les catégories sociales, les métiers archaïques et les nouveaux pouvoirs, les rythmes ancestraux et les engouements à la mode se mêlent encore sans que rien ne domine.
Comme premier repas, j'ai mangé une tacacá. Il y a le croquant des crevettes, le visqueux du potage, et l'effet étonnant d'herbes qui piquent la langue avant de l'anesthésier. Ce n'est pas bon. Mais il y a toutes les aventures, tous les récits, tout l'imaginaire amazonien dans cette soupe grossière et magique.
Comme premier repas, j'ai mangé une tacacá. Il y a le croquant des crevettes, le visqueux du potage, et l'effet étonnant d'herbes qui piquent la langue avant de l'anesthésier. Ce n'est pas bon. Mais il y a toutes les aventures, tous les récits, tout l'imaginaire amazonien dans cette soupe grossière et magique.
Pays/territoire :
Manaus Manaus
mercredi 4 juillet 2012
Fil d'Ariane
Je viens d'emménager dans l'appart qu'on me sous-loue pour un mois. Un charme fou, une superbe bibliothèque où écrire, une grande terrasse où je prends mes petits-déjeuners au soleil.
Ce matin, j'ai trouvé un solide fil blanc tendu au-dessus de la terrasse. Il tombait du toit, se posait sur la rambarde, puis traversait la rue, passait par le sommet de deux arbres et se terminait on ne sait où. Je suis certaine qu'il n'était pas là hier : il m'aurait gênée pendant que j'arrosais les plantes.
J'ai hésité, puis me suis mise à tirer. Le fil venait facilement mais semblait être sans fin. J'ai bien tiré dix minutes. La scène est devenue un peu surréaliste : je tirais un fil blanc infini, apparu par miracle, et en le tirant je faisais bouger, du bout de mes doigts, la cime des arbres. Je me demandais ce qu'il y avait au bout : une pelotte ? Un type qui se demandait qui était en train de tirer sur son fil de pêche ? Me passaient en tête des explications qui me faisaient penser à la blague préférée de ma mère : un type voit à plusieurs reprises des vaches sauter et disparaître dans la frondaison d'un arbre et, à court d'explications, finit par hausser les épaules en disant : il doit y avoir un nid là-haut.
Finalement la fin du fil est arrivée. Au bout, rien.
Et le temps que j'écrive ce message, le fil a disparu.
Peut-être est-ce une augure, une métaphore de l'écriture, pour moi qui me suis mise au travail sur mon roman hier ?
Ce matin, j'ai trouvé un solide fil blanc tendu au-dessus de la terrasse. Il tombait du toit, se posait sur la rambarde, puis traversait la rue, passait par le sommet de deux arbres et se terminait on ne sait où. Je suis certaine qu'il n'était pas là hier : il m'aurait gênée pendant que j'arrosais les plantes.
J'ai hésité, puis me suis mise à tirer. Le fil venait facilement mais semblait être sans fin. J'ai bien tiré dix minutes. La scène est devenue un peu surréaliste : je tirais un fil blanc infini, apparu par miracle, et en le tirant je faisais bouger, du bout de mes doigts, la cime des arbres. Je me demandais ce qu'il y avait au bout : une pelotte ? Un type qui se demandait qui était en train de tirer sur son fil de pêche ? Me passaient en tête des explications qui me faisaient penser à la blague préférée de ma mère : un type voit à plusieurs reprises des vaches sauter et disparaître dans la frondaison d'un arbre et, à court d'explications, finit par hausser les épaules en disant : il doit y avoir un nid là-haut.
Finalement la fin du fil est arrivée. Au bout, rien.
Et le temps que j'écrive ce message, le fil a disparu.
Peut-être est-ce une augure, une métaphore de l'écriture, pour moi qui me suis mise au travail sur mon roman hier ?
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