Je suis à Rio depuis deux jours. Mon atterrissage a été une sorte d'expérience mystique dont la sorcellerie me poursuit encore.
Il était 17h lorsque l'avion a commencé sa descente, et il faisait encore plein jour. Je me suis déplacée près d'un hublot, croyant que la ville verte apparaîtrait sous la couche de nuages. Mais sous cette couche, une autre couche, et après elle, encore une, indéfiniment ; et chaque couche était d'un gris plus dense que la précédente. C'était comme s'enfoncer dans l'océan. Le dernier nuage percé, ce qui apparut alors fut le noir total de la mer, tachetée seulement ici et là par la lumière orange des cargos, posés dessus comme des lucioles. Devant cette ville engloutie par la nuit pluvieuse et sans lune, j'ai cru arriver en Atlantide.
Depuis, je n'ai pas vu le soleil, et je ne me départis pas de l'impression que je suis dans une cité secrète, dissimulée au reste du monde par son bouclier de nuages. Il pleut une pluie drue et envahissante, qui se glisse sous les dalles et ressort aux jointures du parquet. Ce matin, sur la montagne d'en face, un mouvement de nuage a dévoilé des dizaines de lignes blanches striant les côtes escarpées, de haut en bas : des rivières éphémères.
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