Article de Nicolas Bourcier, paru dans Le Monde du 18 mars 2012
Rio, nouvel eldorado des jeunes Français
Surdiplômés ou ayant un capital à investir, ils sont nombreux à vouloir leur part du " miracle "
Elle a 25 ans et la vie devant elle. Isaure Pisani-Ferry s'apprête à quitter Paris, son appartement et ses petits boulots pour s'installer au Brésil à partir du 6 juin, date de son billet d'avion, un aller simple pour Rio de Janeiro. Elle ne parle pas un mot de portugais. Elle n'a encore jamais foulé le sol du géant économique sud-américain ni entrepris les démarches pour son visa. Mais, comme un nombre croissant de Français, cette jeune diplômée de littérature et d'histoire a décidé de tenter sa chance dans ce pays qui renvoie chaque jour un peu plus l'image d'un eldorado pour Européens en quête d'opportunités. " Ici, avec la crise, tout est devenu trop étroit : la culture, les projets de vie..., explique-t-elle. Quitt e à galérer, autant le faire dans une société brésilienne qui fait preuve d'un dynamisme extraordinaire. "
Les statistiques sont formelles. Depuis 2007, le nombre de ressortissants français venus s'installer au Brésil a augmenté de 5 % à 10 % par an. Ils seraient aujourd'hui 30 000 à y vivre, dont un tiers en situation irrégulière. Rien qu'à Rio, en 2011, ils ont été 14 % de plus à s'inscrire au consulat sur le registre des Français de l'étranger. Une tendance confirmée au consulat du Brésil à Paris, où l'on observe une hausse sans précédent des demandes de visa de travail. Leur nombre a quasiment doublé entre 2010 et 2011, passant de 771 à 1 364.
" Le Brésil a toujours attiré les Français, mais leur profil a changé ", décrit Hervé Coulomb, conseiller économique de l'ambassade de France à Brasilia. Le nombre d'expatriés envoyés par leur société pour une durée limitée et tous frais payés est, selon lui, " en constante diminution ". La présence des fonctionnaires, elle, est la même. En revanche, le regain d'immigrants nouveaux est constitué d'" autodidactes ", comme il dit, des personnes plutôt jeunes, trentenaires ou juste quarantenaires, bardées de diplômes ou possédant un capital à investir. Des caractéristiques qui ressemblent fort à celles du flot de migrants espagnols, dont le nombre a quasi doublé ces deux dernières années ; ou portugais, avec 50 000 ressortissants entrés au Brésil en 2011.
Un effet de la crise dans les pays européens, certainement. Mais la croissance exponentielle de l'économie brésilienne - malgré un ralentissement cette année -, son manque de main-d'oeuvre qualifiée, son taux de chômage ridiculement bas et la frénésie provoquée par les préparatifs de la Coupe du monde de football 2014 et des JO de 2016 sont aussi à l'origine de cette vague de migration récente. Convoités, relativement bien payés, les étrangers les plus expérimentés constituent une " denrée " de choix pour les professionnels locaux, affirme le magazine Carta Capital pour qui le Brésil, comme le Canada et l'Australie, est devenu " une valeur sûre ".
" Encore faut-il avoir des réseaux, tempère Arnaud Bughon, à la tête d'une prospère société de location d'appartements de luxe à Rio depuis 2008. Venir ici sans points d'appui solides est très difficile. La langue, les obstacles administratifs liés à l'embauche d'un étranger sont légion. Bien sûr, il y a des réussites, mais, contrairement à ce que l'on peut lire, on ne nous attend pas. Travailler ici est très dur. Beaucoup ont baissé les bras et sont repartis sans le sou. "
Au-delà du coût de la vie exorbitant dans les principales villes, le Brésil souffre de handicaps que l'on appelle " le coût Brésil " : des transports de mauvaise qualité, une fiscalité lourde et complexe, des services publics inadaptés, une corruption endémique. " Le fantasme ne colle pas à la réalité ", prévient Christian Suquier. Scénariste-réalisateur, installé à Rio depuis 1994, il prépare un documentaire sur les déçus de l'eldorado brésilien.
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