Articles par pays

mardi 29 juin 2010

Damas : un problème de finitions

Un musee restaure minutieusement de vieux instruments de musique ciseles de nacre et de bois precieux, mais remplace les pieces manquantes par des répliques en plastique orange.

Les mosquees se dotent de microphones pour faire entendre les appels a la priere qui s'elevent en canon au-dessus de la ville de jour comme de nuit, mais choisissent des microphones de si basse qualite que le chant des muezzins est deforme par les gresillements, le son nasillard et l'écho.

La mosquee des Omeyyades deploie sous le soleil ses marbres et ses dorures, les enfants s'y egaient comme dans une cour de recreation et les voiles noires des femmes s'y gonflent et degonflent avec le vent, mais les machines d'entretient sont toujours la, sous les colonnades, a peine couvertes par des baches d'un gris sale.


vendredi 25 juin 2010

Syrie/Liban : une question de boutons de chemise

Aux terrasses des cafés de Beyrouth, les filles sont aussi nombreuses que les garçons, et les groupes d'amis sont mixtes. Ca me fait un bien fou de n'être plus la seule représentante de mon sexe partout où je vais. Je ne me sens ni agressée ni insultée par les regards des Syriens ; mais remarquée, en permanence, et de loin, à cause de mes cheveux blonds, de ma tête sans voile, et simplement parce que je suis une fille dans un univers d'hommes. Les autres femmes passent comme des fantômes, évitent les regards et ont l'air de demander pardon d'être là. Elles vont acheter l'ingrédient de cuisine qui leur manque puis remontent chez elle. Moi je passe mes après-midi au café avec Axel, je regarde la coupe du monde de foot, je fume la chicha, je bat Axel aux cartes, il me bat aux échecs, je parle et j'observe les gens autant qu'ils m'observent. Rien de téméraire là-dedans : je suis une touriste, on me pardonne jusqu'à un certain point.

La nuit, je me fais des frayeurs : je rêve que je sors en short ou en n'ayant pas fermé ma chemise jusqu'au dernier bouton. Anodin ? Non. En Syrie, imaginer que ça puisse vous arriver réellement, ça fait très, très peur.


Moi en habit de créateur syrien. Existe en plusieurs couleurs, taille et forme uniques.


mardi 22 juin 2010

De Damas à Beyrouth

A Damas, il y a des échoppes partout. Antres où s'entassent ferrailles et verroteries ; épiceries tapissées jusqu'au plafond de paquets de chips, lessives et gâteaux poussiéreux ; magasins de mode dont les robes pailletées et les manteaux austères débordent dans la rue ; larges pièces vides où l'on voit tout au fond un bureau et un homme assis là, qui fait et vend on ne sait quoi. Il y a aussi les vendeurs itinérants - qui avec sa petite charrette cabossée, qui avec un bout de bois posé sur un tréteau, qui avec un morceau de tissu à même le sol. Ils vendent trois briquets et un coupe-ongle, quelques billets de loterie, deux jeux de cartes, une fausse paire de Ray-ban et des Twix fondus. Le soir, des hommes avec une théière géante sur le dos proposent aux passants un verre de thé.

On retrouve cette anarchie fourmillante à Beyrouth, dans certaines rues étroites. Mais ce qu'on voit surtout, c'est Ermenegildo Zegna, Cartier, Hugo Boss ; Mc Do, Haggen Daz, Starbucks le long des grandes artères. Les larges terrasses standardisées des restaurants font penser aux rues de Los Angeles ou de Miami ; les gratte-ciel flambants neufs laissent imaginer ce que doit être Dubaï. Les hommes sont beaux - plus grands, plus charnus, plus musclés que les syriens. Les femmes sont très belles et coquettes - le visage plus fin, plus travaillé (y compris au bistouri) que les Syriennes au visage rond et laiteux, et elles ne portent pour la plupart pas le voile.

L'humidité de l'air vous colle une pellicule de sueur à la peau dès le premier pas dehors, et redonne à la terre, aux fleurs, aux rues les odeurs que le vent sec de Damas vous avait fait oublier.

A Beyrouth, entre deux fiers gratte-ciel, il y a encore des carcasses d'immeubles aux façades trouées de balles, à l'intérieur effondré. Le luxe et la ruine cohabitent. Il y a des rues-décor, où un riche promoteur a reconstruit des immeubles dans lesquels personne n'habite et dont les fenêtres n'ont pas encore été posées. Beaucoup reste à reconstruire, tout sera bientôt détruit à nouveau. Les habitants de Beyrouth semblent insouciants, et la jeunesse superficielle. C'est, ici, un signe de courage et de foi.


Beyrouth : chicha on the shore

samedi 19 juin 2010

Palmyre : ce qui est beau dans le desert...

Nous traversons en bus le désert de pierres ocres qui constitue l'essentiel du territoire syrien. Les rares arbres poussent en italique, poussés par le vent continuel. Leur couleur, d'un vert profond, étonne l'oeil : on s'habitue vite au monochrome des terres et des montagnes.

Au flan des montagnes arides, on voit parfois une maison de bédouins, simple cube de pierres avec un trou pour la porte, entouré d'un entrelacs de fils de fer qui protège du néant quelques moutons touffus et sert de support pour un linge aux couleurs passées.

Parfois, plus près de la route, on voit le squelette de constructions en béton, inachevées et abandonnées : un rêve de domestication que le désert a évaporé.

jeudi 17 juin 2010

Damas : la Mosquée des Omeyyades


Mosquée polyvalente, qui fait aussi solarium, jardin d'enfant, aire de pic-nic et lieu pour la sieste.



mercredi 16 juin 2010

Damas : comment rassurer les touristes occidentaux

Le Code de la route, ici, a pour sous-titre la loi de la Jungle. La priorité à droite, les syriens ne connaissent pas. C'est la bouillabaisse à chaque carrefour : des voitures dans tous les sens, collées-serrées, hop, petit pont, queue de poisson, hiiii, freinage, tac, machine arrière, hop, droite, coup de volant, gauche, tut tuuuut coup de klaxon, je suis là habibi attention, dégage de mon chemin espèce d'âne, tut tut, et nous voilà passés.

Hier, nous montons dans un taxi. Le chauffeur a des verres de lunettes épais comme des culs de bouteille et aucune dent de devant. On ne comprend rien a ce qu'il dit, et quand il veut nous parler, il se retourne entièrement vers nous.

BAM, il pile à quelques centimètres d'une voiture arrêtée au feu. Hiiii, la voiture derrière manque de nous emboutir. Il braque le volant a chaque tournant. Axel et moi nous mettons fébrilement à la recherche des ceintures qui sont, comme d'habitude ici, cachées quelque part sous les sièges ou coincées par des pinces à linge pour rester lâches autour du corps. Tant pis pour la manucure et la saleté, je plonge la main entre le dossier et le siège, parce que là le danger est très clair.

A peine la ceinture bouclée, Axel relève la tête et se met a crier : "chouf, chouf ! CHOUF ! REGARDE !!!" Hiiiiiiiiii, le vieux-n'a-qu'une-dent freine brutalement à quelques millimètres d'une voiture qui barre la route. "Hmar ! Espèce d'âne !" lui crie Axel. "Elle était là depuis dix minutes et tu t'arrêtes pas ! Tu as failli nous tuer tous"

"Ne t'inquiete pas habibi !" dit le vieux chauffeur. "Ne t'inquiete pas ! Je ne vois pas, mais j'entends tout !"


Tout en haut de la rue, notre appartement...

mardi 15 juin 2010

Damas : cachotteries et coquetteries

La majorite des Syriennes porte le voile, et de profil leur chignon leur cree une excroissance comme un double crane. Mais les chiffres mis a part, tous les types sont representes : chacune choisit en fonction de son mari et de sa religion. Il y a les chretiennes qui ne portent pas le voile et se montrent volontiers en debardeur, il y a les jeunes musulmanes habillees en tee-shirt manches longues et jean moulant avec un voile, celles (les vieilles en general) avec voile + manteau noir qui les couvre jusqu'aux chevilles, il y a celles qui portent le nikab et quelques femmes a burka qui, assises dans le bus, ont si peu forme humaine qu'on dirait des sacs a patate. Tant pis pour le politiquement correct, je dis ce que je vois.

Ce qui est dommage, c'est que les syriennes ne sont pas coquettes avec ce voile : elles le portent blanc javel, en tissu synthetique, et bien colle au visage. Alors que d'autres, les Iraniennes par exemple, savent jouer avec le tombe du tissu, la couleur, la maniere de le placer, afin de detourner cet accessoire oblige et d'en faire un faire-valoir.

lundi 14 juin 2010

jeudi 10 juin 2010

Damas : Caramel

Je me dis que ce serait une chouette expérience d'essayer la traditionnelle épilation au caramel et me mets en quête d'un salon de beauté. Tabou du corps féminin oblige, ceux-ci sont cachés. Axel finit par m'en trouver un au fond d'une impasse. Les vitres sont recouvertes d'un plastique opaque. On va toquer à la porte. Quand l'esthéticienne découvre la présence d'un homme à mes côtés, elle a un regard horrifié et se cache derrière son rideau.
Et puis dans le genre sexy, il y a mieux que d'avoir mon copain qui explique par force gestes que j'ai besoin d'une épilation.
Bref, j'y vais.

 J'ai cru m'évanouir, et j'aurais bien aimé. Ce fut long et douloureux. On aurait dit que l'esthéticienne voulait me dépiauter tellement elle me tirait la peau pour étaler la pâte. J'ai pensé "lâche-moi, bourreau" pendant toute la scéance. Elle doit être payée par une clinique de lifting pour lui ramener des clients.

Toutes les expériences ne valent pas la peine d'être vécues.

Damas : c'etaient de tres grands vents sur toute face de ce monde...


Damas : l'air est tellement sec que le pain devient croustillant comme une chips une fois sorti de son plastique. Voitures, echoppes innombrables, chats errants, soleil, poussiere, rues etroites. Mais un vent fort comme un debut d'orage balaie tout, constamment. Sans lui, l'air serait putride, la chaleur serait insupportable. Mais d'un grand coup il emporte odeurs et sueur. Il fait bon vivre a Damas.


La vue depuis le Krak des chevaliers. Tout là-bas, le Liban.

mercredi 9 juin 2010

Damas : on a un appart !



La vue sur Damas depuis notre appartement. Chouette, hein ? Included, la mosquée réveil-matin, réveil-midi et réveil-soir, avec le muezzin qui chante toutes les 2 heures, et pas toujours juste.


mardi 8 juin 2010

Damas : home sweet home ?

Apres plusieurs jours de cafouillage, nous voici installes, du moins on espere.
  • D'abord, l'avion a failli ne pas partir pour une histoire de frets.
  • Ensuite, nous sommes arrives a Damas, mais pas nos bagages qui ont continue de voyager pendant 48 h. On en a profite pour aller s'acheter des habits chez Stephanel, la marque stylee d'ici, aux frais d'Air France.
  • On a vecu deux nuits a l'hotel El Haramain avec toilettes sur le palier du troisieme etage, douches au sous-sol et evier au niveau des genoux.
  • Puis on a amenage dans un appartement a Mohajerin-Morabet avec terrasse, vue sur tout Damas, lumiere et vent. C'etait trop beau pour etre vrai. On s'est fait virer le lendemain matin pour une histoire de papier officiel certifiant l'officialite de notre passeport certifie. Le proprio ne voulait rien nous louer sans ce papier que toutes les ambassades acceptent de delivrer, sauf l'ambassade francaise qui trouve ca completement idiot et qui refuse de perdre du temps avec ca. On a eu beau expliquer au proprio que les Francais ne font jamais rien comme tout le monde, il s'est convaincu que si l'ambassade nous refusait le papier, c'est parce qu'on avait de faux passeports.
  • Bref, on the road again. On recommence a visiter des appartements. Chaleur, cafards a l'agonie (le proprio a passe la bombe anti-cafard une heure avant notre arrivee, et les enormes bestioles jonchent le sol), et apres negociations avec des proprios qui refusent de bouger d'une once le prix de leur loyer.
  • Une nuit a l'hotel Al Arabie, que je conseille : pareil qu'El Haramain, sauf que propre, joli patio et les escaliers ne sont pas penches comme des pistes de ski.
  • Finalement, la vraie proprio de l'appart de Mohajerin-Morabet s'est reveillee : on a l'appart, pas besoin de contrat ni de papier certifiant certificateur. On vient d'y poser nos valises. On signe le contrat demain matin. On defera nos valises demain apres-midi.

jeudi 3 juin 2010

La nuit va être longue

Il est 22h30, je pars demain matin en Syrie (notre départ a été décalé par divers concours et autres opérations de la main) et je n'ai :
- pas fini mon mémoire
- pas fait ma valise
- plus d'argent

Tout va bien. Tout va bien. Tout va bien


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samedi 8 mai 2010

Départ bordélique, comme d'hab...

Bloody hell, je pars dans 15 jours pour un mois en Syrie et je :
- n'ai pas encore de Visa
- suis gravement à découvert
- ne sais pas où je vais habiter
- dois faire mon mémoire (80 pages) en 10 jours.

Tout va bien. Tout va bien. Tout va bien.