Articles par pays

dimanche 24 juin 2012

Eu quero tchu tcha tcha

Le gros tube en ce moment, ici, est une chanson qui ne veut rien dire - traduit, ça donne "j'aime tchu j'aime tcha" - conçue comme un hommage au footballeur Neymar Jr et une expression des émotions provoquées par le ballon rond. Tout le monde connaît et chante cette chanson, ou plutôt son refrain, devenu une sorte de chant de la victoire ou de la joie pour les Cariocas. 


Dans la novella du moment, Avenida Brasil, qu'à peu près tout le Brésil regarde à 21h chaque jour sur Globo (le média omnipotent ici), la harpie Carminha le chante en rangeant ses affaires, après avoir si bien manipulé son mari qu'elle en a fait son joujou... tandis que son amant, qui est aussi son beau-frère, s'apprête à lui faire une crise de jalousie.


mardi 19 juin 2012

Terre sauvage

Cette nuit, j'ai été maintenue éveillée par une tempête de fin du monde. Le vent venait du fond des terres, dévalait les montagnes et se jetait contre les vitres avec un mugissement d'animal blessé. Ce matin le ciel est bleu, tout est calme, rien n'y paraît. C'est ce wilderness que j'aime ici.



dimanche 17 juin 2012

Favela climbing

La semaine dernière, je suis allée visiter la favela Santa Marta (Dona Marta pour les évangélistes, très nombreux ici). Il y a quelques années, elle a été rendue célèbre par Mickael Jackson, qui y a tourné le clip de "They don't care about us". A l'époque, c'était une favela très dangereuse, tenue par les dealers, semblable à ce qu'on voit dans le terrible film Cidade de Deus. Elle a été pacifiée récemment.


L'idée d'y faire du tourisme est assez étrange. On se demande si c'est pour satisfaire notre voyeurisme ou pour faire progresser notre conscience sociale. Les rues (c'est-à-dire les escaliers) ont la largeur d'une personne, les fenêtres sont ouvertes, le linge pend partout : visiter la favela, c'est presque comme passer par le salon des gens qui y vivent. De leur part, pourtant, aucune animosité. Le guide dit qu'ils sont contents : notre présence contredit la chanson de M.J..



Les favelas peuvent sembler pittoresques de loin : des tas de petites maisons colorées empilées les unes sur les autres au flanc d'une montagne escarpée. De l'intérieur, ce sont simplement des bidonvilles. Maisons de tôles et de briques grossièrement cimentées, les unes délabrées, les autres en cours de construction, sol jonché d'excréments de chiens errants, ruisseaux qui emportent les immondices.


Bref, la misère. Le point positif est cependant que les favela, qui se comptent par centaines à Rio, sont au coeur de la ville, au coeur de quartiers chics, sans frontière entre les différents milieux. Et que ce sont les habitants des hauteurs qui ont les plus belles vues...



mercredi 13 juin 2012

Paysages cariocas

Rio mélange les gratte-ciels de New York et l'ambiance villageoise d'Aix-en-Provence. Les trottoirs étroits, dallés de petits carreaux blancs, sont ombragés d'arbres exotiques aux troncs noueux. Les passants vont et viennent en havaianas, chaque coin de rue a son échoppe de jus de fruits frais. La ville est pourtant laide lorsqu'on lève le nez : barres sans charme, vieillies, typiques des années 70. Et entre deux immeubles, une montagne couverte de petites maisons rouillées posées les unes sur les autres : les favelas.
Mais lorsque, fatigué de parcourir la ville, on veut s'asseoir sur la plage pour boire un jus de coco directement sorti de sa noix, il suffit de quelques pas pour s'offrir ce genre de paysage-là : 


mardi 12 juin 2012

Raminagrobis

Il fait enfin beau. Le gros chat américain va et vient au soleil. Il prend des poses extraordinaires ; mais dès que je me mets en place pour le prendre en photo, il lui prend l'envie de venir se frotter à moi.
J'ai pris une vingtaine de photos. Celle-ci me rappelle un tableau chez mes parents. On verra s'ils reconnaissent lequel...

Tchau comme on dit ici, je m'en vas courir le long de la lagune.

lundi 11 juin 2012

Bingo transgenre

Hier, mon très gentil hôte, Michel, m'a emmenée à un spectacle à Lapa, le quartier musical/interlope de Rio. Il était invité par une amie et ne savait pas très bien quel type de "spectacle" ce serait. 

Nous nous sommes retrouvés à jouer au Bingo, et nous nous serions crus dans un club de retraités à Brighton, si les hommes qui traversaient la salle de gauche à droite ne la retraversaient pas de droite à gauche transformés en femmes. 

Apprendre à compter en Portugais en jouant au Bingo dans un club de travestis... Only in Brasil !


samedi 9 juin 2012

Où est donc Rio ?

Je suis à Rio depuis deux jours. Mon atterrissage a été une sorte d'expérience mystique dont la sorcellerie me poursuit encore.

Il était 17h lorsque l'avion a commencé sa descente, et il faisait encore plein jour. Je me suis déplacée près d'un hublot, croyant que la ville verte apparaîtrait sous la couche de nuages. Mais sous cette couche, une autre couche, et après elle, encore une, indéfiniment ; et chaque couche était d'un gris plus dense que la précédente. C'était comme s'enfoncer dans l'océan. Le dernier nuage percé, ce qui apparut alors fut le noir total de la mer, tachetée seulement ici et là par la lumière orange des cargos, posés dessus comme des lucioles. Devant cette ville engloutie par la nuit pluvieuse et sans lune, j'ai cru arriver en Atlantide. 

Depuis, je n'ai pas vu le soleil, et je ne me départis pas de l'impression que je suis dans une cité secrète, dissimulée au reste du monde par son bouclier de nuages. Il pleut une pluie drue et envahissante, qui se glisse sous les dalles et ressort aux jointures du parquet. Ce matin, sur la montagne d'en face, un mouvement de nuage a dévoilé des dizaines de lignes blanches striant les côtes escarpées, de haut en bas : des rivières éphémères. 

Je me suis dit que c'était un jour à apprendre le Portugais en regardant des telenovela.