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lundi 12 juillet 2004

Petersbourg brûle-t-il ?


C'est dans le corpus de William qu'a pris place hier matin un spectacle à la russe.
Il est 6 h du matin, tout le monde dort, y compris nous dans notre chambre déjà éclairée par le soleil. Il y a des jeunes qui crient, du bruit : des fêtards, on se retourne dans nos lits et on essaie de continuer à dormir. Tout à coup de violents bruits de verre brisé et de chocs nous font sauter sur nos pieds et regarder à la fenêtre. Au même niveau que nous, au 16e étage du corpus 2, une bande de jeunes est en train de casser les vitres de leurs fenêtres. Il y a une fille qui, accroupie sur le rebords de sa fenêtre, se tient par une main au-dessus du vide et balance de l'autre son sèche-cheveux, qu'elle tient par le fil, afin de casser les vitres des chambres d'en-dessous. Ils crient "pamaguitie" (à l'aide), au feu. Nous pensons d'abord à des éméchés qui font des conneries. Une grosse fumée noire sort des fenêtres tout au long de l'étage. Ca sent le plastique brûlé.
Ils commencent à se fabriquer des cordes avec leurs draps et chiffons et, toujours avec sèche-cheveux et autres ustensiles, cherchent à casser les vitres de l'étage en dessous. Les éclats de verre tombent en une longue chute silencieuse jusqu'au sol, où ils se brisent dans un terrible fracas. La milice est là, voiture arrêtée, et un bonhomme accoudé à son capot qui demande aux étudiants de se calmer. La fille au sèche-cheveux, la plus bruyante et active, lui crie qu'il y a le feu, qu'il faut appeler les pompiers, qu'ils ne peuvent plus respirer. Peu à peu à toutes les fenêtres de l'étage sortent des têtes ; les uns restent prudents et se penchent raisonnablement, les autres se mettent debout sur le rebords. Il y en a habillés, et il y en a en tenue de nuit, en chemise de nuit, en caleçon, en slip. L'un après l'autre tous se procurent des chiffons qu'ils se mettent sur le nez. La fumée commence à sortir de l'étage du dessus également, mais seulement de la partie tout à droite, et de derrière le bâtiment encore.
20 minutes, voilà les pompiers : zut, les échelles sont trop courtes, on ne peut rien faire, les voilà bras croisés adossés à leurs petits camions rouges. 10 minutes encore, arrive un gros camion. L'échelle s'élève, elle parvient au 15e étage, puis redescend - elle était mal placée. Un quart d'heure passe, l'échelle est en place à l'extrême droite, on descend deux étudiants, un en slip noir l'autre en slip rouge, qui se retrouvent en bas au milieu des curieux et des étudiants des étages inférieurs (dont William qui, si ça n'avait tenu qu'à lui, serait resté dormir tranquillement, mais que le couple a forcé à sortir). Ensuite on monte des pompiers, la nacelle hésite en chemin, ils entrent et vont distribuer des cagoules aux étudiants de l'étage, qui attendent toujours leur sauvetage. Puis on monte le tuyau, arrivé en haut on se rend compte en bas qu'il fuit, on le rafistole avec du scotch, ça fuit toujours, on le branche à un autre, ça fait des fontaines partout mais en haut de l'eau arrive, c'est le principal, le tout, 10 minutes. Nous, peu à peu, on se désintéresse de la chose. On va se laver, on boit notre thé, quand on revient, le feu a l'air d'être éteint, les étudiants sont en bas, et on vient d'amener un deuxième camion à grande échelle, allez savoir à quoi il peut servir à présent. Katia commente : "vous avez entendu une alarme incendie ? Un système d'eau pour éteindre le feu s'est déclenché ? Non ? Bienvenue en Russie".
Ca passe aux infos, tout St Pete est au courant, on en parle dans la marchroudka. Deux versions : le système d'électricité a grillé, et la deuxième, la préférée des autorités : il y avait une fête, ils ont bu, un jeune a jeté une cigarette sur la moquette, et voila. C'est-à-dire : il y avait une fête costumée, thème : la tenue de nuit, concept : la fêter chacun pour soi dans sa chambre, maximum 3 par chambre, un jeune a jeté une cigarette-bazooka, elle a enflammé tout le couloir et les étages supérieurs. Nous avons essayé de savoir ce qui s'est vraiment passé, mais "personne ne sait". Katia dit qu'il y en a déjà eu dans notre corpus, et dans l'autre aussi, etc...
Il faut s'habituer.

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