J'ai beau écrire chaque jour, les courtes perspectives de mon quotidien depuis deux mois bornent ma pensée : je suis devenue la preuve vivante que la vie isolée réduit le cerveau comme un raisin sec. Je m'en suis rendu compte ce weekend lorsque, retrouvant mon amoureux à Marrakech, j'ai passé la moitié de notre dîner de retrouvailles à lui décrire les incroyables faits et gestes de Sakapuss, et l'autre à m'épancher sur la catastrophe insurmontable qu'est la fermeture du restaurant en bas de ma rue.
Le séjour touche à sa fin et c'est un soulagement. Je suis lassée d'être la seule femme dans un monde d'hommes. Mon courage s'est usé aux regards incessants.
Je suis montée au village aujourd'hui, les yeux baissés pour adoucir l'épreuve. Que les femmes portent le voile m'est indifférent ; mais que pas une seule ne s'autorise, comme tous ces hommes oisifs qui m'environnent, à prendre le thé à la terrasse d'un café, ou à se restaurer entre deux courses d'un œuf aux épices sur une table de comptoir, c'est ce que je ne peux pas comprendre. Où sont-elles ? Qui sont-elles ? Ici comme en Syrie, je n'ai pu en approcher une seule. Que c'est étrange d'être une femme, dans des rues où seuls les hommes existent.


