Articles par pays

mercredi 29 août 2007

I'm sick of bloody London

A Londres, avec moins de 2000£ par mois, on est sous le seuil de pauvreté. Pour une barmaid comme moi, les produits les plus médiocres coûtent cher, les produits de qualité sont inabordables.

La qualité de vie à Paris me manque. J'aimerais pouvoir m'asseoir à une terrasse au soleil ; j'aimerais que le rythme effréné des rues ralentisse ; que les bruits de Klaxon et de sirènes diminuent ; qu'un petit vent chaud de douceur de vivre arrive jusqu'à moi. J'en ai marre de manger des plats en sauce et des frites ; marre des sandwichs invendus de la chaine Prêt à Manger qu'Edwin nous revend à la fin de la nuit. Marre de côtoyer des fous, des alcooliques et des paumés.

Le chocolat me manque, le pain à la croûte croquante et à la mie légère, le saucisson. Je renifle tous les matins celui que j'ai rapporté de France. Je ne veux pas le manger, que deviendrai-je sans lui ?

Londres, ce sont les défauts de Paris en pire, et les qualités en moins.

Veux rentrer à la maison.

vendredi 17 août 2007

Londres : la nuit, tous les chats sont gris

Ils arrivent à 18h, directement du boulot. Chemises blanches, costards, jupes crayon, brushings et teint blanc. Les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. Elles demandent du "sweet white wine", ils commandent de la bière.

Deux heures se passent. Elles commandent des Cosmopolitan, ils demandent des B52.

Une heure est passée. La brune est avec le blond, le timide embrasse à pleine bouche la grosse rousse, et la belle blonde rigole avec le jeune premier. Ils ont commandé une bouteille de vin blanc, une tournée de French Kiss, et du Bombay Saphire.

Il est deux heures du matin. La brune est passée derrière le bar pour essayer d'embrasser Bruno le barman, le blond dort sur la table, la belle blonde s'est écroulé sous la table, la grosse rousse bave sur la chemise d'un inconnu et le timide embrasse à pleine bouche le jeune premier.

Le bar ferme, on les jette dehors inanimés, lourds et mous comme des sacs de farine.

La routine, quoi.

jeudi 16 août 2007

Londres : comment la virilité vient aux Anglais


C'est moi qui les ai faits. Je sais, les B52 sont ratés. Enfin, tout ça finit mélangé dans l'estomac de toute façon. Tant que c'est pas le mien, tout va bien.


Et ça, c'est un Sex On the Beach, avec en arrière-plan un Long Island Iced Tea


mercredi 15 août 2007

Londres : do you speak English ?

Pour mes progrès en Anglais, le Cheers Cocktail Bar, c'est pas l'idéal. Il y a mon formateur, le Brésilien Reuther (surnom : Hilton), qui a laissé femme et enfant au Brésil le temps de faire fortune à Londres ; le petit Polonais Przemek (aka Pshitt), qui rêve de passer barman mais qui pour l'instant n'est que "barbek", porteur de caisses de bière ; le Polonais Nachoman, surnommé ainsi parce que lorsque le bar ferme à 3h du mat' il prépare une grosse plâtrée de nachos pour nos ventres affamés ; Edwin le chilien, que la solitude quotidienne au vestiaire rend un petit peu socialement inadapté ; Monica, l'Italienne qui se fait 400£ de pourboire par soir et partage avec nous...


Il y a encore Claudia, la Brésilienne belle comme Sofia Loren ; Silvia, la catalane qui dit "cabron" à chaque fois qu'on l'appelle "Spanish" ; le slovaque Bronislav, qui râle parce qu'on le croit Polonais et qui se prend pour le rappeur 50 Cents ; l'Italienne Anna, qui a des moments d'absence ("Isa, how to you make a vodka-apple ?") et des éclairs de génie (elle me parle de Nietzsche et de Schopenhauer en coupant les citrons) ;  Lisa l'Allemande suicidaire ; Mélanie la Française qui se prétend néozélandaise et me poursuit avec constance de sa jalousie mesquine.


Bref, il n'y a que deux Anglais dans tout le bar : les deux managers Tim et David (les deux autres sont l'un Français, l'autre Indien). Je suis amoureuse du premier (gros cliché, je sais) et je m'entends très bien avec les trois autres. Ce qui explique sans doute que je n'aie toujours pas été virée, malgré les verres cassés, les erreurs de caisse et les oublis divers dont je me rends coupable chaque jour.

Donc je fais de grands progrès en Italien, je commence à avoir une bonne pratique du Polonais, et je sais faire un Cosmopolitan.

Qui a dit que je ne tiendrais pas deux semaines ?

Kurva mat'.

mercredi 8 août 2007

Londres : pour ne pas faire que critiquer



Deux choses que j'aime à Londres : les parcs, et les muffins aux chocolate chips de chez Tesco.

Londres : bienvenue chez moi

J'ai trouvé une solution de logement abordable dans un quartier sûr. 300£/mois dans un HLM à Bayswater. Woodgreen, c'était bien, mais 3/4 d'heures de bus à 4h du matin, avec la peur au ventre à chaque pas jusqu'à la maison, ça va deux semaines mais pas plus. En partant, j'ai cassé le grand miroir de l'entrée. Je n'ai pas compté les morceaux, mais faudra pas que je m'étonne si dans 110 ans je suis toujours malheureuse.


L'appartement de Bayswater comporte trois pièces : deux chambres avec 3 personnes par chambre, un salon-cuisine avec 2 squatteurs qui dorment sur les canapés. Nous sommes donc 8 pour une seule salle de bain. Mais je m'en fiche, je travaille la nuit, donc je dors quand ils sont tous au travail et je les réveille quand ils sont tous en train de dormir. 

Dans ma chambre, il y a une Espagnole silencieuse et une Italienne rousse dont le décolleté est couvert de cicatrices : elle m'explique qu'elle s'est battue à 3h du matin à King's Cross avec une inconnue qui avait des ongles très longs. Dans le salon, ça tourne : d'abord il y avait deux Français, maintenant un Italien et un Marocain. Dans la deuxième chambre, il y a un Brésilien très propre sur lui qui travaille de 5h à 10h du mat et de 15h à minuit ; un Ukrainien timide ; et le flasque, apathique, soupçonneux Yacine. 

Ah, Yacine. Quand il bâille, les boutons de sa chemise sautent. Quand je rentre du boulot à 5h du matin, il est en caleçon dans le salon en train de regarder "My house in the sun" sans le son et il me harasse de questions jusqu'à ce que je m'enferme dans ma chambre. Quand je lui jure que non, je ne suis pas Cameron Diaz, il me dit que je suis donc sa soeur. Quand on lui demande pourquoi il ne sort jamais de l'appartement, il explique qu'il est recherché par Bush et Chirac parce qu'ils le soupçonnent de travailler pour Al Qaïda, "mais je travaille pas pour Al Qaïda moi, j'ai de l'argent". Quand je m'habille dans ma chambre, je me mets hors du champ du trou de la serrure.