Articles par pays

dimanche 30 novembre 2008

Le mort saisit le vif


Elie Cohen est mort. Ses proches, ses collègues le pleurent. "Elie Cohen est mort", m'écrit Julia. Elle l'a lu dans la rubrique nécrologique du Monde de ce jeudi matin. J'écris aussitôt à papa : "Elie Cohen est mort ??" 

"Oui, l'autre" répond-il. Elie Cohen, l'économiste, est mort. Elie Cohen, l'économiste, est vivant - Elie Cohen, l'économiste professeur à Dauphine, est mort ; Elie Cohen, l'économiste directeur de recherche au CNRS, est bien vivant.

Depuis toujours on les confond. On attribue à l'un les travaux de l'autre, on annonce l'un sur le plateau de télévision et c'est l'autre qui arrive. "Pourquoi n'ajoutez-vous pas une syllabe à vos noms - Elie C. Cohen et Elie E. Cohen, afin qu'on vous distingue ?" a suggéré papa à Elie. "Tu n'y songes pas ! s'est écrié Elie en levant les bras au ciel. Ils croieront qu'on est quatre".

Elie Cohen est mort, et Elie Cohen, le vivant, au téléphone, a une voix d'outre-tombe. Dans sa boîte aux lettres les regrets éternels s'amoncèlent ; le téléphone sonne, éploré. Depuis quarante-huit heures, il vit sa propre mort.